Une bêta-lecture, ça se prépare

La bêta-lecture, qu’est-ce que c’est ? C’est la lecture critique de votre texte dans le but de vérifier que tout fonctionne ou de pointer le cas échéant ce qui ne fonctionne pas.

beta-lecture-homme-chapeau

Pour faire court, les (bons) bêta-lecteurs vérifient que vous avez mis en œuvre les meilleures techniques d’écriture au service de votre texte et qu’elles sont maîtrisées. Ou, si vous préférez appliquer vos propres techniques (!), que cela est justifié et efficace, que ça marche.

Les bêta-lecteurs s’assurent que votre créativité s’exerce pour le plus grand bénéfice du lecteur. Pas pour le vôtre. Vous n’écrivez pas pour vous. Vous écrivez pour être lu(e).

Les bêta-lecteurs professionnels suggèrent donc souvent des améliorations. Et ils vous disent aussi là où ça pêche. Au sens littéral de pêcher, c’est-à-dire, manquer son but.

Oui, professionnel. Bêta-lecteur, c’est une fonction, et ca fait partie du métier de conseiller littéraire. Dans le cas d’une bêta-lecture réalisée par un professionnel, il vous en coûtera quelques euros, selon la longueur de votre tapuscrit, et vous aurez un avis a minima constructif.

Cependant, les écrivains ne roulent pas sur l’or, ni même sur l’argent. Des solutions gratuites existent. Vous pouvez choisir d’être lu.e par des lecteurs passionnés, ou d’autres écrivains à qui vous rendrez la pareille. La réciprocité est un bon principe de collaboration.

Tous les écrivains font appel à des bêta-lecteurs. C’est une étape indispensable de la fabrication d’un livre.

La bêta-lecture est distincte de la correction orthographique et syntaxique, elle s’attache au récit avant tout.

Qui sont les bêta-lecteurs ?

Sont des bêta-lecteurs tous vos lecteurs qui prendront connaissance de votre prose avant qu’elle soit publiée, quand vous pourrez encore revenir dessus pour l’améliorer.

Les lecteurs des maisons d’éditions à qui vous enverrez votre texte sont des bêta-lecteurs.

beta-lecture-roman-silhouette-rue

A qui confier la bêta-lecture de vos textes ?

Cependant, votre petit frère ou votre chéri ne sera peut-être pas le meilleur bêta-lecteur que vous puissiez trouver. Déjà, beaucoup d’affect altère le jugement. Ensuite, pour être efficace, un bêta-lecteur doit être avant tout un grand lecteur, lisant des textes de bonne qualité (et oui les mauvais existent aussi).

Ne confiez pas vos textes à une seule et même personne, mais si possible, dégotez au moins trois avis différents.

Et quand je dis différents, vraiment différents.

Le profil de votre lecteur type est impossible à cerner, si ce n’est qu’il aime votre prose.

Vous obtiendrez des avis bien plus constructifs si vous trouvez un terrain d’entente avec une mémé à la retraite (pas la vôtre si possible), un étudiant qui lit dans les transports en commun, un autre écrivain rencontré dans un groupe Facebook.

Attention, ne donnez pas vos textes à lire que à des écrivains. Ils souffrent de biais cognitifs intempestifs, c’est connu.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, ne les donnez pas non plus que à des lecteurs qui apprécient d’emblée le genre dans lequel vous écrivez.

Sauf s’il s’agit d’un pavé de 600 pages, auquel cas, allez-y mollo, envoyez un premier chapitre et voyez si ça mord.

Pour obtenir des retours pertinents, variez les intelocuteurs. Vous en apprendrez beaucoup plus ainsi.

beta-lecture-homme-parapluie

Les bêta-lecteurs vérifient a minima que :

  • ➡️Votre histoire est construite selon une structure rigoureuse et pas à la va-comme-je-te-pousse (au minimum un début qui permet de saisir le contexte – qu’on appelle une exposition pour un roman mais qui peut se réduire à un paragraphe dans une nouvelle, un milieu durant lequel le héros ou l’héroïne combat l’adversité, résout un problème ou vit quelque chose d’intéressant qui le/la change de l’intérieur, une fin qui boucle l’histoire et les intrigues secondaires s’il y en a).
  • ➡️Les personnages ont des raisons d’agir comme ils le font et ces raisons peuvent être comprises (voire découvertes) par le lecteur.
  • ➡️Les personnages sont suffisamment profonds, voire paradoxaux, ils ont de la consistance et permettent l’empathie du lecteur.
  • ➡️L’enchainement des faits et des actions obéit à une logique interne (ce sont les personnages qui déclenchent les événements, sauf dans les tragédies grecques où ce sont les dieux qui s’amusent entre eux).
  • ➡️Le cadre spatiotemporel est cohérent et assez détaillé pour que votre récit ne soit pas “hors sol”, mais pas trop pour ne pas transformer votre fiction en manuel scolaire.
  • ➡️Le point de vue narratif ne varie pas d’une phrase à l’autre.
  • ➡️On suit clairement la narration, tout est mis en œuvre pour donner l’envie de continuer à lire, autrement dit le texte n’est pas barbant.
  • ➡️La langue utilisée est cohérente avec le genre et le sujet, on ne bute pas sur les mots, on n’est pas arrêté dans la lecture, autrement dit, vous avez réussi la fluidité.
  • ➡️La forme et la longueur des phrases est variée, le récit est rythmé, tous les paragraphes ne font pas cinq lignes et ne commencent pas par le même mot.
  • ➡️La mise en page respecte les codes de l’édition (police, corps, paragraphes, chapitres, tirets cadratins, numérotation des pages…)

Mais au fait, pourquoi je vous parle de bêta-lecture aujourd’hui ?

Parce que j’ai réalisé un certain nombre de bêta-lectures ces dernières semaines, à chaque fois pour des apprentis écrivains que je ne connais pas personnellement.

Les lecteurs de cet article ont lu aussi :  Point de vue narratif : l'écrivain et son double [exercice d'écriture inclus]

Et je me suis rendue compte que certains romanciers ne savent pas du tout comment fonctionne une béta-lecture.

beta-lecteur-plume-fond-noir

Ils demandent un coup de main très poliment, et vous leur rendez ce service bien volontiers, surtout si leur texte n’est pas très long et ne devrait pas vous demander plus d’une heure de votre temps.

Et ils vous envoient leur premier jet en vous demandant “qu’est-ce que je peux faire avec ça pour l’améliorer selon toi ?”

Alors déjà, camarade, tu dois travailler.

Tu dois te relire en te posant les bonnes questions (en reprenant les points ci-dessus c’est déjà un bon début) et réécrire tout ce que tu trouves toi-même à améliorer.

Si tu ne trouves rien, deux possibilités. Ou bien tu es un génie, ou bien tu es mauvais. Si tu es mauvais, ce n’est pas grave, mais tu dois renoncer à publier avant d’avoir compris ce qu’est la littérature et comment ça marche. Si tu es un génie, c’est pire, tu es vraiment mal barré.

Retravailler un texte avant de l’envoyer en bêta-lecture : deux étapes incontournables

➡️Avant la bêta-lecture, vous devez oublier votre texte, le laisser dans un tiroir durant plusieurs semaines pour le redécouvrir avec un regard neuf comme s’il avait été écrit par quelqu’un d’autre. Vous verrez les verrues, vous dépisterez les scories. Et vous retravaillerez.

➡️Vous devez vous relire à haute voix. Je vous conseille même de vous enregistrer et de vous écouter. On vous raconte des histoires depuis que vous êtes bébé, même en admettant que vous soyez extrêmement complaisant avec vous-même (si si c’est possible, ça m’arrive aussi figurez-vous), votre oreille est habituée à la narration, elle sera impitoyable avec les redites, les maladresses, les phrases bancales. Vous gagnerez du temps. Et vous retravaillerez.

profils-bêta-lecteurs-fumee-cigarette

Attention, très important : n’envoyez jamais en bêta-lecture un texte formaté avec les pieds. Police Times New Roman ou Arial, corps 12 ou 14, chapitres et paragraphes, tirets cadratin ou semi-cadratins, pages numérotées, etc.

Pourquoi vous embêter à faire ça alors que de toute façon vous allez encore retravailler, que le formatage est la chose la plus chiante du monde et que ce rogntudju de logiciel n’en fait qu’à sa tête ?

Les lecteurs de cet article ont lu aussi :  Les erreurs de rédaction que je retrouve dans tous vos articles

Et bien c’est tout bête. Pour faciliter le travail de votre bêta-lecteur. N’oubliez pas que c’est lui qui vous rend service, pas le contraire.

➡️Ne le rebutez pas d’emblée avec une police illisible, même si vous, vous la trouvez géniale, ou avec un corps 18, il aura l’impression que vous lui criez dessus.

➡️Pour éviter les modifications de votre texte dues à l’ouverture par un autre logiciel que le vôtre, envoyez un pdf. Ainsi vous pourrez vérifier la gueule de votre truc et vous assurer que la personne en face n’aura pas l’impression que vous lui déposez un sac poubelle.

➡️Evitez de placer vos coordonnées en en-tête de chaque page, préférez les insérer dans le pied de page, avec la numérotation.

➡️Vérifiez que vous envoyez bien la dernière version de votre texte (numérotez vos versions). Indiquez votre deadline s’il y en a une.

preparez-beta-lecture-silhouette-parapluie

Précisez à votre bêta-lecteur ce que vous voulez vérifier en priorité

➡️Ne lui dites pas : “Caisse t’en penses ?” ou “Aimes-tu ça ?” mais plutôt “As-tu compris pourquoi Raspoutnik agit/réagit comme ça dans le chapitre trois ?” “Quels sont les liens entre les personnages ? Est-ce suffisament clair ?” et toute cette sorte de choses.

Plus vos questions seront précises, plus les retours de bêta-lectures vous serviront.

Il reste une partie délicate qui nous incombe et que nous jetons parfois par-dessus les moulins dans notre premier jet, j’ai nommé la grammaire, la syntaxe et l’orthographe. La plaie, pour qui n’aime pas ça.

Alors, rassurez-vous !

Il se peut très bien que votre intrigue soit palpitante, vos personnages en titanium, que vous ayez construit une charpente en bois de fer imputrescible, mais que votre orthographe soit à chier.

Les lecteurs de cet article ont lu aussi :  A la poursuite de Bardamu ou comment choisir le nom d'un personnage 🎧🖋️

C’est arrivé à d’autres, qui sont publiés et lus par des milliers de lecteurs. Simplement, ils sont passés par l’étape du correcteur professionnel, qui n’est pas le bêta-lecteur, mais quelqu’un qui s’occupe uniquement de cet aspect, pendant que le bêta-lecteur s’occupe de l’histoire.

Si vous êtes nul en orthographe, pas de panique, signalez-le au bêta-lecteur et rassurez-le en lui disant que vous ferez procéder aux corrections juste avant la publication, sur un texte définitif.

Normalement, votre bêta réagira en vous indiquant les fautes qu’il aura décelées.

Quand soumettre votre texte à la bêta-lecture ?

Vous me voyez venir maintenant que vous me connaissez un peu. C’est là que bien souvent le bât blesse.

Vous devez fournir à vos bêta-lecteurs la meilleure version possible de votre texte, celle que vous avez déjà travaillée longuement, que vous avez peaufinée, dont vous êtes presque fier(e).

Vos bêta-lecteurs doivent pouvoir entrer dans votre texte sans être gênés par les maladresses obligatoires de tout premier jet.

Vous devez respecter vos bêta-lecteurs, car ils sont avant tout vos lecteurs.

Tout comme vous n’iriez pas faire caca devant la porte de votre voisin, à moins qu’il ne vous ait vraiment fait une grosse vacherie, ne donnez pas à lire votre brouillon.

Car votre premier jet, c’est votre brouillon. Rien d’autre.

Pourquoi croyez-vous qu’il faille si longtemps pour écrire un bon livre en état d’être publié ?

Admettons que vous soyez restaurateur et que vous ayez l’idée d’une nouvelle recette, d’un mariage osé entre des ingrédients qu’on a jamais servis ensemble.

Disons que vous êtes un Chef !

Allez-vous entasser ces ingrédients n’importe comment sur l’assiette de service pour les faire goûter à votre équipe ? A vos meilleurs clients ?

Le look on s’en fiche, c’est le goût qui compte ?

Vous savez bien que c’est faux. L’allure d’un plat compte autant que sa saveur dans le plaisir que nous prenons à le manger.

respect-bêta-lecteur-figurine-donald

Le bêta-lecteur, c’est avant tout un lecteur

Fournissez-lui donc votre meilleure prose. Il prendra plaisir à la lire et vous aidera de son mieux pour vous remercier de votre confiance.

Et remerciez le bêta-lecteur qui critiquera sévèrement votre texte. C’est qu’il ne vous prend pas pour un imbécile. Ne perdez pas de vue que c’est pour vous aider. Les propos lénifiants ne font jamais avancer personne.

Il est très dur de lire la critique de ce qu’on a mis des heures à construire patiemment. Mais la première qualité dont vous devez vous doter, en tant qu’écrivain, c’est la capacité à vous détacher de vos textes. Si vous ne vous détachez pas, vous ne vous améliorez pas.

Et n’oubliez pas que de toute façon, le final cut vous appartient. Le magicien, c’est vous. Soyez le meilleur magicien possible à chaque étape du processus.

Pour en apprendre plus, je vous conseille de vous rendre sur ces deux blogs, les deux articles sont complémentaires : chez Nicolas Kempf, et chez Jérôme Vialleton.

Et maintenant, comme je vous l’ai annoncé la semaine dernière, la lecture. Je vous ai préparé un extrait tiré du roman de David Foenkinos, Je vais mieux. Cela parle d’art, de changer de vie, d’écrire et de montrer ce qu’on écrit, de dire la vérité aux artistes. C’est donc de circonstance.

Comme, encore une fois, je ne vais pas tout recopier, je vous engage à entamer la lecture du podcast (dont le lecteur est en haut de cette page) à : 14’15”

Pour améliorer votre écriture, rejoignez l’Atelier de Fiction, atelier d’écriture créative en ligne.

C’est un groupe Facebook de passionnés dans lequel est publié chaque jour un nouvel exercice.

A TOUT A L’HEURE DE L’AUTRE CÔTÉ
Partager l'article :

12 réponses à “Une bêta-lecture, ça se prépare”

  1. Pascale St. dit :

    Merci pour tes conseils, pertinents une fois de plus!

  2. Incroyable de voir qu’en matière d’écriture aussi on fait appel à des bêta-testeur … Je pensais que c’était réservé au monde de l’informatique ou de a technique du moins. Par contre une chose m’a interpellé dans ton article : le fait de faire lire notre écrit à 3 personnes si différentes ?!! J’aurais pensé au contraire que l’on aurait plutôt chercher à faire tester par sa cible…

    1. En art il n’y a pas à proprement parler de cible. Les lecteurs sont tous différents et l’achat d’un livre ne répond pas un besoin d’équipement.

  3. il faudrait que j’arrive à fini l’écriture de mon roman avant de penser au béta lecture XD

    1. Certes. Peut-être commencer par des nouvelles, pour se faire un peu la main ?

  4. Article très complet, j’ai appris quelque chose en le lisant aujourd’hui, je ne connaissais absolument pas ce terme 🙂

    1. Ce n’est connu que dans le milieu des auteurs et des éditeurs, je crois bien.

  5. Ecriture (tiret) Livres dit :

    Cet article et celui de Jérôme apportent en effet beaucoup de bonnes informations ; merci !

Ecrivez un commentaire, je me ferai un plaisir d'y répondre.

%d blogueurs aiment cette page :