🎧📖”Comment la Baleine acquit son gosier”

Une nouvelle série de Petits Lus

Bonjour,

Aujourd’hui commence une nouvelle série de Petits Lus. Vous m’avez dit dans vos messages que ce que vous appréciez le plus, ce sont les histoires pour enfants.

J’ai sélectionné pour vous “Histoires comme ça“, de Rudyard Kipling. Ce sont des contes brefs mettant en scène des animaux, dans lesquels enfants comme adultes peuvent trouver leur bonheur.

Personnellement, je suis fan depuis toujours. Vous trouverez ci-dessous une courte présentation de l’auteur empruntée à Wikipedia, ainsi que le lien vers la page pour une information plus complète.

Ensuite un mini lexique des mots ou expressions qui peuvent demander un peu d’éclaircissement.

Enfin, le texte du conte lui-même, “Comment la baleine acquit son gosier“.


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Rudyard Kipling

Rudyard Kipling, né à Bombay, en Inde britannique, le 30 décembre 1865 et mort à Londres, le 18 janvier 1936, est un écrivain britannique.

Ses ouvrages pour la jeunesse ont connu dès leur parution un succès qui ne s’est jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle(1894) (…) Histoires comme ça (1902), Puck, lutin de la colline (1906).

Il est également l’auteur du roman Kim (1901), de poèmes (Mandalay (1890).

Gunga Din (1890) et Tu seras un homme, mon fils (1910) sont parmi les plus célèbres) et de nouvelles, dont L’Homme qui voulut être roi(1888) et le recueil Simples contes des collines(1888).

Il a été considéré comme un « innovateur dans l’art de la nouvelle », un précurseur de la science-fiction et l’un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse.

Son œuvre manifeste un talent pour la narration qui s’est exprimé dans des formes variées.

Wikipedia

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Les Blanches falaises d’Albion

Lexique

Les blanches falaises d’Albion : Les falaises de Douvres. Albion est le nom poétique de la Grande-Bretagne et aussi de l’Angleterre.

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Hibernien : premiers habitants du Sud de l’Irlande.

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Un squelette de Baleine au Muséum

Comment la Baleine acquit son gosier

Il était une fois, ô ma Mieux-Aimée, il était une fois, dans la mer, une Baleine qui mangeait les poissons. Elle mangea le hareng et le merlan, le turbot et le maquereau, le thon et l’espadon, la dorade et sa camarade, l’équille et l’étrille et l’anguille habile et lisse qui glisse. Tous les poissons qu’elle put rencontrer dans toute la mer, elle les mangea avec sa bouche, comme ça ! Jusqu’à ce qu’enfin il ne restât plus qu’un seul petit poisson dans toute la mer, et c’était un petit Poisson Futé qui nageait juste derrière l’oreille droite de la Baleine afin d’être toujours à l’abri.

Alors la Baleine se dressa sur sa queue et dit :

— J’ai faim.

Et le petit Poisson Futé dit d’une petite voix futée :

— Noble et généreux Cétacé, as-tu déjà goûté de l’Homme ?

— Non, dit la Baleine. Ça ressemble à quoi ?

— C’est bon, dit le petit Poisson Futé. C’est bon, mais un peu dur sous la dent.

— Alors, trouve-m’en quelques-uns, dit la Baleine.

Et elle fit écumer la mer avec sa queue.

— Un à la fois c’est suffisant, dit le Poisson Futé. Si tu nages jusqu’à 30° de latitude Nord et 20° de longitude Ouest (c’est de la Magie), tu trouveras, assis sur un radeau au milieu de la mer, vêtu seulement d’une culotte en toile bleue et d’une paire de bretelles (n’oublie pas les bretelles, ma Mieux-Aimée), d’un couteau de poche, tu trouveras un Marin naufragé qui, il est juste de te le dire, est un homme d’infinie-ressource-et-sagacité.

Alors la Baleine nagea et nagea encore, le plus vite possible, jusqu’à 30° de latitude Nord et 20° de longitude Ouest et là, sur un radeau, au milieu de la mer, vêtu seulement d’une culotte en toile bleue et d’une paire de bretelles (il ne faut surtout pas oublier les bretelles, ma Mieux-Aimée), avec un couteau de poche, elle trouva un Marin naufragé, seul et solitaire, qui laissait traîner ses pieds dans l’eau. (Sa Maman l’avait autorisé à barboter sinon il n’aurait jamais fait ça car c’était un homme d’infinie ressource- et-sagacité.)

Alors la Baleine ouvrit grand la bouche, elle l’ouvrit si grand, si grand qu’elle touchait presque sa queue et elle avala le Marin naufragé, avec son radeau, sa culotte de toile bleue, ses bretelles (il ne faut pas les oublier) et son couteau de poche. Elle fourra tout cela au fond de ses placards secrets, bien au chaud, puis elle se lécha les babines, comme ça, et pirouetta trois fois sur sa queue.

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Mais dès que le Marin, qui était un homme d’infinie ressource-et-sagacité, se retrouva pour de bon au fond des chauds placards de la Baleine, dans le noir, il se mit à taper et frapper, à bondir et mugir, à sauter et chahuter, à choir et s’asseoir, à sautiller et brailler, à cogner et grogner, à mordre et à tordre, à courir et rugir, à boitiller et batailler et à danser des matelotes là où il n’eût pas fallu, si bien que la Baleine n’était pas du tout heureuse. (Tu n’as pas oublié les bretelles ?)

Alors elle dit au Poisson Futé :

— Cet homme est vraiment dur sous la dent et de plus, il me

donne le hoquet. Que dois-je faire ?

Demande-lui de sortir, dit le Poisson Futé.

Sur quoi la Baleine cria dans son propre gosier au Marin naufragé :

— Sortez et tenez-vous correctement. J’ai le hoquet.

— Non ! Non ! dit le Marin. Il n’en est pas question. Ramène-moi sur ma terre natale, les blanches-falaises-d’Albion, ensuite nous verrons.

Sur ce, il se remit à danser de plus belle.

— Mieux vaut le ramener chez lui, dit le Poisson Futé à la Baleine. J’aurais dû te prévenir que c’était un homme d’infinie ressource- et-sagacité.

Et la Baleine de nager, nager, nager encore des deux nageoires et de la queue, aussi fort qu’elle put malgré son hoquet ; et enfin elle aperçut la terre natale du Marin, les blanches-falaises-d’Albion, et elle remonta la moitié de la plage ; elle ouvrit grand, tout grand la bouche et dit :

— Correspondance pour Winchester, Ashuelot, Nashua,

Keene et toutes les stations de la ligne de Fitchburg.

Et à l’instant où elle dit « Fitch », le Marin sortit de sa bouche. Mais tandis que la Baleine nageait, le Marin, qui était, c’est sûr, homme d’infinie-ressource-et-sagacité, avait taillé le radeau à l’aide de son couteau de poche pour façonner un petit carré de treillage qu’il avait ensuite attaché solidement avec ses bretelles. (Maintenant tu sais pourquoi il ne fallait pas oublier les bretelles !) Et il avait coincé le treillage en travers du gosier de la Baleine, où il resta fiché.

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Puis il récita le sloka suivant que je vais te rapporter car tu ne le connais pas :

Au moyen d’un treillage

J’ai clos ton oesophage.

Car le Marin était aussi un Hi-ber-ni-en. En marchant sur les galets, il retourna chez sa Mère qui lui avait donné la permission de laisser traîner ses doigts de pied dans l’eau ; il se maria et vécut heureux très longtemps. La Baleine aussi. Mais depuis ce jour, le treillage coincé dans son gosier, qu’elle ne réussit jamais à expulser en toussant ou à faire descendre en avalant, l’empêche de rien manger que de tout petits poissons, et c’est la raison pour laquelle les Baleines ne mangent plus d’hommes, de garçons ni de petites filles.

Le petit Poisson Futé alla se cacher dans la vase sous le pas des Portes de l’Équateur. Il craignait que la Baleine ne fût en colère contre lui. Le Marin revint chez lui avec son couteau de poche. Il portait sa culotte de toile bleue en débarquant sur les galets. Les bretelles, vois-tu, il avait dû les abandonner pour maintenir le treillage, et c’est la fin de cette histoire-là.

Quand la cabine a ses hublots

Noirs et verts,

Car la mer

Au-dehors acte ses flots ;

Quand, entre deux flops, le bateau chaloupe,

Que le bosco choit dans la soupe,

Et que la cambuse

À glisser s’amuse,

Que Nounou gît sur le plancher

Tel un caillou,

Que maman prie de la laisser

Dormir son saoul,

Et que tu n’es ni réveillé,

Ni vêtu, ni débarbouillé,

Tout cela, voyons, c’est un test

Que tu vogues Vingt Nord Trente Ouest.

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