🎧📖Podcast Histoires vraies [#7]

L’Armée du Vénéral Dourakuire en campagne… pardon, en forêt.

Quand l’adversité tombe sur les héros insouciants

Bonjour,

Vous vous apprêtez à lire le septième chapitre des “Histoires Vraies du Bougreloche“, dans lequel mes personnages rencontrent leurs premiers problèmes à résoudre. Si jamais vous débarquez sur ce blog aujourd’hui, je vous conseille de commencer par lire le début de ce conte, ici-même.

La question à laquelle j’ai tenté de répondre avec ce récit est comment inventer des personnages de conte proches de personnes réelles... mais pas tout à fait, afin de continuer à cheminer sur la ligne étroite que je me suis fixée au début de cette aventure : Laisser libre cours à mon imagination, sans jamais abandonner la possibilité de basculer vers “le monde réel”.

Pour mémoire, j’explore ici à ma manière la frontière entre conte et roman, et si je situe Les Histoires Vraies dans un pays imaginaire, Toukontefée, je m’autorise à parler de l’endroit où je vis, une petite île de l’Océan indien.

Chaque chapitre traite d’une problématique particulière rencontrée par les auteurs :

La semaine dernière, nous avons laissé Samuel accroupi dans la clairière, creusant sous le flamboyant à l’aide d’une petite cuillère. Eglandune, mon aïeule, et son ami Tortillon, qui suivent la compagnie à distance malgré l’interdiction, bivouaquent sommairement non loin de là. Tout est calme. Dourakuire, pourtant, garde l’œil entrouvert. C’est qu’il aimerait bien comprendre l’étrange comportement de Samuel.

Cette semaine, l’adversité tombe sur nos personnages insouciants et les premiers problèmes arrivent. Il n’ont aucun rapport avec la quête de nos héros, du moins en apparence.

Je vous souhaite une agréable lecture.

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Ceci mis au point, revenons Ă  notre campement.

Perdus dans la forĂŞt

Morington, dont les mains tremblaient un peu et qui retenait son souffle, avait retiré du sol un petit paquet enveloppé dans du papier kraft et se préparait à couper la ficelle d’un coup de canif bien propre.

-Qu’est-ce que c’est ? Demanda Dourakuire, qui s’était approché et se tenait maintenant derrière le smoac.

-C’est mon carnet ! Répondit Morington en se retournant

-Ton carnet ?

-Sans aucun doute. C’est ma clairière.

-Ta clairière ?

-Absolument. Ma clairière. Mon flamboyant. Et maintenant mon carnet. Pourtant, c’est impossible. Je crois que je deviens fou.

-Raconte-moi tout ça, dit Dourakuire, en sortant une fiasque d’arquebuse de la poche arrière de son pantalon de treillis.

Ils s’assirent à l’écart du groupe, s’entretenant à voix basse pour ne pas réveiller les dormeurs. Cette nuit là, ils parlèrent longtemps. Pourtant, lorsque le ciel rosît et que les cuisiniers s’affairèrent pour raviver le feu, ils n’étaient pas plus avancés.

*

Eglandune et Tortillon, non loin, ignoraient tout du flamboyant, du carnet et du psychodrame qui se jouait dans la clairière. Après s’être tenus à l’écart de la troupe, sans mal, se maintenant prudemment à portée de voix, ils s’étaient installés près d’un pied de tamarin pour y passer la nuit.

Comme de coutume, ils discutèrent pendant des heures, tout excités par l’aventure qui commençait. Ils s’endormirent à potron-minet, bien au chaud serrés l’un contre l’autre et réciproquement. Et s’éveillèrent au souffle du vent dans les feuilles.

La compagnie était partie, laissant pour trace de son passage des emballages de chips et des morceaux de papier toilette accrochés aux buissons.

Ils avaient, dans leur innocence, dormi douze heures, ce qui arrive fréquemment durant l’adolescence où l’on grandit comme qui rigole, durant son sommeil.

Résolus à rattraper Dourakuire, ils s’élancèrent à sa poursuite. Ils s’en rapprochèrent à plusieurs reprises, mais à chaque fois qu’il auraient pu reprendre place derrière la colonne, ils s’arrêtaient un instant et se laissaient distancer de nouveau.

Ils demeuraient en arrière Ă  dessein, ne pouvant se rĂ©soudre Ă  briser leur tĂŞte-Ă -tĂŞte. C’est qu’ils Ă©taient libres !  Plus de travail scolaire, finies les corvĂ©es de vaisselle ou de lessive.  Ils n’avaient qu’à suivre le mouvement d’assez loin pour ne pas se faire remarquer et le tour Ă©tait jouĂ©. L’insouciance dictait leur conduite.

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Chemin faisant, ils se penchaient sur le parfum de chaque fleurette, se figeaient au moindre chhhhhhhhhhhhhh dans les broussailles, au plus infime ploc ! sur les feuilles.

Un dos velu qui s’enfuyait, l’envol d’un papillon, le croaa d’un crapaud… un serpent de bonne taille glissant silencieusement dans les branches au-dessus de leurs têtes les fit frissonner de peur et de plaisir mélangés.

Imitant les chants d’oiseaux, ils fredonnaient aussi toutes les chansons et comptines de leur enfance à peine achevée.

Tortillon s’arrêtait fréquemment pour chercher sur sa guitare un petit air en réponse aux quelques trilles des volatiles.

Au bout de quelques lieues de ce manège, ils s’enhardirent à explorer les abords du sentier tracé à coups de sabre, cherchant les terriers de renards, cueillant des fruits sauvages.

Tout Ă©tait jeu !

Progresser sans faire de bruits comme des indiens, manger des mures en les projetant d’une pichenette dans la bouche de l’autre, grimper au sommet des grands arbres.

Le premier arrivĂ© a gagnĂ© un bisou. Les bisous, c’est très bien.  Ça se partage facilement et en se partageant, ça se multiplie.  En donner est aussi agrĂ©able qu’en recevoir. Un bisou par ci, un bisou par lĂ , ils ne virent pas passer la matinĂ©e.

Ils jouaient aussi à « attrape-moi que je frissonne », les yeux fermés et les bras tendus, riant beaucoup de leur maladresse respective.

Vers la fin de l’après-midi, alors que Tortillon, les yeux bandés, se guidait sur le rire d’Eglandune et tentait de la rejoindre, elle s’engagea résolument dans une trouée entre deux massifs d’hortensias, abandonnant sans remords le passage ouvert par les militaires.

Le temps Ă©tait sec, la saison clĂ©mente. Eglandune se laissa rattraper, et bisou bisou de nouveau.  Puis ils firent une sieste dans les fourrĂ©s.

Ils s’éveillèrent à la tombée du jour et voulurent se remettre en marche. Impossible de retrouver le chemin ! Ils étaient égarés pour de bon.

-Avançons ! dit Tortillon.

-Réfléchissons, dit Eglandune.

-A quoi ? dit Tortillon.

-Au meilleur moyen de sortir d’ici, dit Eglandune.

-Le meilleur moyen de sortir d’ici est de retrouver le chemin, dit Tortillon avec une logique imparable.

-Le meilleur moyen de retrouver le chemin pour sortir d’ici, c’est de grimper tout en haut de l’arbre le plus grand, répondit Eglandune qui ne voulait pas être en reste. Ce n’est pas parce qu’on est une fille qu’on doit forcément faire fi du sens pratique.

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-Bonne idée, dit Tortillon. Et il chercha autour d’eux un grand arbre facile d’accès. Hélas, les hortensias ne se prêtent pas à l’accrobranche.

-C’est ma faute ! dit Tortillon.

-C’est MA faute ! dit Eglandune.

-Je n’aurais jamais du te suivre les yeux bandés.

-Jamais je n’aurais du m’écarter du sentier.

-Nous voilà bien avancés ! dirent-ils tous les deux. Cherchons un bon coin pour dormir, avant que la nuit nous cloue sur place n’importe où.

Et sans plus se poser de questions, ils s’enroulèrent sous un massif d’hortensias. Coucouche panier. Papattes en rond.

*

Vous venez de lire le septième chapitre de “Les Histoires Vraies du Bougreloche”.

Cette semaine nous quittons Eglandune et Tortillon endormis sous un massif d’hortensias, pendant que le Vénéral Dourakuire, son smoac Samuel Morington et toute leur petite troupe vient de passer sa première nuit dans la forêt sans rencontrer d’autre problème que la présence inexpliquée d’un flamboyant bien connu de Samuel, qui jamais n’aurait dû se trouver là.

La semaine prochaine, nous aurons enfin l’occasion d’apprendre qui est Le Bougreloche, et nos jeunes héros devront résoudre un problème, dans la plus pure tradition des contes et légendes.

Dites-moi en commentaire si cette lecture vous a plu, ou Ă©crivez-moi au moyen du formulaire de contact que vous trouverez ici.

L’image qui sert d’illustration cette semaine est une carte postale que j’ai réalisée à partir d’une illustration originale. Ecrivez-moi et je vous en envoie gratuitement un exemplaire dédicacé. Toutes les œuvres originales de ce projet sont des collages, réalisés en agençant toutes les parties découpées d’un jeu de 52 cartes.

Je prépare un second blog pour y partager mes travaux plastiques. Je vous tiendrai au courant de sa publication.

Enfin, vous êtes libres de préférer les polars. Ça tombe bien. Sur ce blog vous pouvez aussi lire “Toute la Lumière”, en cliquant ici.

Merci.

A bientĂ´t.

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Une rĂ©ponse Ă  “🎧📖Podcast Histoires vraies [#7]”

  1. Parents en Equilibre dit :

    Ca sent les câlins dans les hortensias !

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