Histoires vraies [#4] Introduire de nouveaux personnages

oeuvre-originale
L’Armée du Général Dourakuire – Oeuvre originale de Vie Quatre Sixquatre – Jeu de cartes et encre. Reproduction interdite.

Bonjour,

Vous vous apprêtez à lire le quatrième chapitre des “Histoires Vraies du Bougreloche“.

Le préambule a servi à présenter la narratrice et ses liens avec l’histoire. Le premier chapitre a situé l’action dans le temps et l’espace. Le deuxième chapitre a amené l’événement déclencheur de l’histoire. Dans le troisième, nous avons abordé la psychologie des personnages, en particulier celle de Dourakuire, le Vénéral en Chef des forces armées de Toukontefée.

Lors de chapitre 4, nous allons introduire deux nouveaux personnages, Eglandune (mon aïeule !) et Tortillon, son ami de toujours.

Je vous souhaite une agréable lecture.

Bonjour

Bien que surexcité, Dourakuire est partagé. Il nourrit bien entendu l’espoir de se couvrir de gloire, mais ça ne l’empêche pas de vouloir remplir sa mission sans mettre sa vie et celle de ses hommes en péril. Maintenant qu’il y pense, l’idéal serait même de ne pas avoir à tirer l’épée. Se hasarder en territoire inconnu, pour aussi excitant que ce puisse être, peut se révéler périlleux. C’est tout l’intérêt de la chose, ce qui en fait le sel, le poivre, et même le piment. Encore faut-il ne pas y laisser sa peau ! Les macchabées ne racontent pas d’histoires, ou si peu. Sans compter qu’il est très rare qu’ils rentrent chez eux tout seuls.

En fin stratège ayant tout appris dans les livres, il a conscience qu’en cas de coup dur, une troupe de vingt-quatre lascars ne représente pas vraiment ce qu’on peut appeler une force invincible. Il organise le recrutement tambour battant, avec une idée précise du résultat qu’il veut obtenir. Il s’est résolu à enrôler aussi quelques femmes, car Merlun, à l’instigation de Cokine à qui il ne peut rien refuser, a ouvert la carrière militaire à la gent féminine. Le pays se modernise à petit pas. On rénove les vieilles lunes, on met les pendules à l’heure d’été. Tant mieux. Les femmes ont des ressources que n’ont pas les hommes, et inversement. La mixité est toujours une bonne chose.

Dourakuire s’imagine à la tête d’hommes et de femmes compétents, alertes et obéissants, ni trop jeunes, ni trop vieux, ni trop gras. Cependant, afin de ménager les susceptibilités, on passe une offre d’emploi à l’attention de tous ceux en âge de travailler, c’est-à-dire entre 15 et 75 ans, qui sont, sur l’heure, invités à faire acte de candidature. A l’issue d’un entretien d’embauche et d’un test d’aptitude, deux douzaines de lauréats triés sur le volet recevront un équipement de campagne complet ainsi qu’une instruction militaire accélérée.

Le dépôt des  CV se fera de 7 à 12. Une file d’attente, longue de plusieurs centaines de mètres, principale attraction de la capitale, maintenant que la saison des bals est terminée, se forme devant la caserne dès 5 heures du matin. On y observe le ciel en faisant le poireau et on y commente abondamment l’avancée des cumulardio… des nuages.

Convaincu, à juste titre, que la musique adoucit les mœurs, Dourakuire saisit la balle au bond. Il renoue secrètement avec son rêve de gosse. Parmi les critères de sélection, entre “savez-vous éplucher les gombos?” et “changez-vous de chaussettes tous les jours?”…., on trouve “jouez-vous d’un instrument ? Si oui, lequel ?”.

Dourakuire mène lui-même les entretiens d’embauche. Il pré-sélectionne éclaireurs perspicaces, artilleurs chevronnés et féroces fantassins, tous musiciens par ailleurs. Une fois ce premier tri effectué, les heureux élus sont conviés pour une audition. S’agirait pas d’enrôler des drôles qui jouent faux. Passant auprès de la caserne on peut entendre clarinettes, buccins et didgeridoos, qui s’échauffent tandis que percussonnent tambours, bongos, congas, tablas et maracas.

La compagnie est construite… comme un orchestre. Dourakuire fait, la mort dans l’âme, une croix sur contrebasse, violoncelle et piano à queue et forme un hybride de fanfare et de mariachis, car son goût pour la musique de chambre ne s’accorde hélas pas avec les desiderata d’une troupe en marche.

Seize hommes, Dourakuire et Morington compris, auxquels s’ajoutent huit femmes. Parmi les hommes : deux éclaireurs (violon, banjo), deux cuisiniers (tambour, flûte traversière), un photographe (guitare), un dessinateur (flûte à bec), un géomètre (guitare) et sept hommes de troupe pour trimballer tout le bastringue nécessaire à la campagne, tentes et provisions, citernes et matériel de reconnaissance (encore une guitare, caisse claire, cymbales, deux tambourins, triangle, maracas). Morington manie le sanza, petit piano à lames, avec dextérité. Parmi les femmes, deux interprètes maîtrisant couramment les langues régionales (saxophone, clarinette) et six femmes de troupe (trompette, trombone, quatre chanteuses).

Après toute une semaine de préparatifs, on est enfin sur le point de partir. Les courses sont faites, les cuivres rutilent. Les uniformes sont encore un peu dépareillés, mais c’est tout à fait secondaire. Réunir les gamelles, roder du bois, cuire le riz, gonfler les matelas… n’a pris que quelques heures. La petite troupe s’ébranle  avec armes et bagages, après force embrassades et adieux déchirants, suivie des yeux et saluée depuis les balcons enrubannés de couleurs, accompagnée jusqu’à l’orée de la forêt de Grocéliande par tous les gamins du pays.

C’est à ce moment que mon aïeule Eglandune entre en scène, en duo avec son inséparable ami Tortillon. Ils ont 28 ans à eux deux et s’aiment depuis l’école primaire. Eglandune joue du tambourin, Tortillon de la guitare. Ni l’un ni l’autre ne dédaignent pousser la chansonnette.

Décidés à explorer le vaste monde, si étonnant, dont ils ont entendu parler et au sujet duquel ils ont dévorés tous les livres qui leur sont tombés entre les dents, manuel des Castors Juniors inclus, ils ont enfilé leurs plus beaux vêtements et se sont rendus au bureau de recrutement le cœur battant.

Hélas, on les a renvoyés à l’école ! Trop jeunes ! Circulez les marmots, ici c’est réservé aux adultes. Leur déconvenue est grande, leur colère aussi. A quelques mois près, c’est trop bête ! Avec la témérité et l’entêtement qui caractérise souvent le jeune âge à Toukontefé, ils décident de passer outre et de suivre, à distance, la compagnie. Les voila en route.

*

Vous venez de lire le quatrième chapitre de “Les Histoires Vraies du Bougreloche”.

Dites-moi en commentaire si cette lecture vous a plu, ou écrivez-moi au moyen du formulaire de contact que vous trouverez ici.

La semaine prochaine nos héros partiront enfin à l’aventure, à travers la terrible forêt de Groceliande, qu’on évoque qu’à voix basse. Ce sera l’occasion de voir comment introduire un décor/personnage, et d’entrer vraiment dans l’aventure.

L’image qui sert d’illustration à cette page est un collage que j’ai réalisé en agençant toutes les parties découpées d’un jeu de 52 cartes. C’est donc une œuvre originale que je vous remercie de ne pas dénaturer si vous décidez d’en copier l’image. Son titre est “DANS LA FORET DES CHÂTEAUX DE CARTES”.

Je prépare un second blog pour y partager mes travaux plastiques. Je vous tiendrai au courant de sa publication.

Enfin, vous êtes libres de préférer les polars. Ça tombe bien. Sur ce blog vous pouvez aussi lire “Toute la Lumière”, en cliquant ici.

Merci.

A bientôt.

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8 réponses à “Histoires vraies [#4] Introduire de nouveaux personnages”

  1. coralieduez dit :

    Ah, la jeunesse, toujours des bêtises dans la tête, n’est-ce pas ? un régal !

  2. Je suis fan de l’écriture. Et tes collages… un bonheur ! Bravo!

  3. pierrefavrebocquet dit :

    Est ce que dans la liste pour la sélection figure la question “Mettez vous quelquefois votre slip sut l’envers pour le porter plus longtemps?”? 😀
    PS Quatrième ou troisième chapitre? 😉

    1. Je ne sais pas il faut que je relise les notes d’Eglandune.

    2. coralieduez dit :

      Ca me fait penser à un film d’animation, où l’un des personnages principaux met son slip devant, derrière, il le retourne, devant, derrière. 4 jours avec un slip ! Très écologique !

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