HISTOIRES VRAIES (#6) / Le passé du héros

L'armée du général Dourakuire
L’Armée du Vénéral Dourakuire – Collage sur papier format raisin et encre – Œuvre originale Vie 464 – reproduction interdite

Bonjour,

Vous vous apprêtez à lire le sixième chapitre des “Histoires Vraies du Bougreloche“.

Si jamais vous débarquez sur ce blog aujourd’hui, je vous conseille de commencer par lire le début. Chaque chapitre correspond à une problématique rencontrée par tout auteur en herbe :

Dans ce chapitre, je précise l’histoire d’un des protagonistes principaux afin d’introduire le problème rencontré au chapitre suivant. Je raconte le passé du héros.

Je vous souhaite une agréable lecture.

FLEUR 1

A ce point du récit, arrêtons-nous un instant sur la personnalité du smoac Morington.

Bien que jeune lieutenant inexpérimenté en matière militaire, son rôle dans cette histoire n’a rien de subalterne. Samuel Marie Emile Morington n’est pas seulement le smoac de Dourakuire. C’est aussi son petit cousin, rejeton de la fille de sa tante Victorine.

Venu au monde dans une famille monoparentale à géométrie variable, Samuel a tiré à la grande loterie de la vie une très jolie maman et successivement plusieurs papas ou faisant office de, trois célibataires, deux divorcés, et même un veuf qu’Aglaé, la jolie maman, entreprit de consoler. Hélas, les essais répétés d’Aglaé pour reconstituer une famille furent couronnés d’échec, si je puis m’exprimer ainsi. Un jour, Samuel rentrait de l’école et trouvait la maison investie par un nouvel étranger, assis sur les marches de la véranda ou vautré sur le canapé du salon. Un nouveau bonhomme, parfois flanqué d’un ou deux enfants, succédané de fratrie, des Autres, avec lesquels il fallait composer. Surtout, surtout, éviter toute occasion de discorde. Pouah !

Après quelques essais sincères pour s’intéresser à un pseudo-frère ou une simili-sœur, Samuel avait vite constaté l’inanité de la démarche, vouée à l’échec puisque de toute façon, ni frère ni sœur n’avait vocation à une implantation définitive. Les Autres n’étaient que des vacataires. Quant à sa mère, il la jugea perdue pour lui le jour où il s’aperçut qu’elle distribuait les plus grosses parts de viande ou de gâteau aux Autres, afin certainement de s’en faire des amis. Ce qui était tout de même fort de café, étant donné que lui, Samuel, était son vrai fils, la chair de sa chair, et pas n’importe quel mioche tombé du ciel par petite annonce.

Samuel apprit à se tenir à distance des adultes comme des enfants et à ne faire confiance qu’à lui-même. Il se mit à sécher l’école et fuyait aussi tous les endroits où l’on croisait des gens, en particulier des familles.  Boutiques, marché forain, centre ville qu’il avait pris en grippe. La foule des imbéciles qui poussaient des caddys remplis de victuailles et de chiards hurlant lui sortait par les trous de nez. Il méprisait les fêtes foraines, détestait les piqueniques, évitait de passer devant la piscine municipale. Tous les lieux où les enfants de son âge s’amusaient sous l’œil bienveillant de leurs parents lui étaient insupportables. Samuel souffrait de misanthropie précoce. Dès qu’il pouvait s’échapper, il consacrait ses journées à l’exploration de la campagne alentour, les bois et les prairies ne le décevant jamais. Il passait des après-midis entières allongé dans une clairière qu’il affectionnait particulièrement, dans laquelle croissait un flamboyant octogénaire auquel il prît l’habitude de penser comme à son arbre.

Il titillait les fourmis, suivait le vol des papillons et des mouches. Se baladait seul durant des heures, fuyant les Autres, prenant les chemins de traverse, grignotant des mûres ou chapardant des noix selon la saison, inventant de longs poèmes tragiques qu’il se récitait en marchant. Souvent il s’endormait pour une courte sieste. Auprès de son arbre, il était heureux. Il prit l’habitude de noter poèmes et pensées dans un petit carnet, qu’il planqua soigneusement à l’abri des Autres, là où personne ne viendrait jamais le chercher.

Son vrai papa, son père, biologique et supersonique, était un super-héros très occupé à batailler contre les méchants et s’il ne se manifestait pas en chair et en os dans la vie de Samuel, c’était pour le protéger de la malveillance de ses ennemis. Un jour, un aéronef se poserait derrière la maison, un être lumineux à l’allure martiale et aux yeux plein de bonté, le papa de Samuel, en personne, en descendrait, prendrait Samuel par la main et l’emmènerait pour faire de lui son second et lui apprendre toutes les ficelles de la lutte contre les méchants afin de lui transmettre le flambeau le moment venu.

A l’école, Samuel, qui avait l’esprit vif et une mémoire à toute épreuve, obtenait, malgré ses absences répétées, des notes convenables, entendez juste au dessus de la moyenne. Il passa de classe en classe jusqu’à entrer au collège et suivre une classe de ixième vaille que vaille. Puis les choses se gâtèrent. L’adolescence passant par là, il prit acte que personne ne viendrait jamais le chercher. Ni super-héros, ni papa. Rien de tout ça. Il était Samuel, fils unique d’Aglaé, mère célibataire. Il fallait se rendre à l’évidence et faire avec, que ça lui plaise ou pas.

Il affirma dès lors une personnalité en rébellion ouverte contre toute forme d’autorité. De secret, il devint arrogant. Claironnant haut et fort son mépris pour une humanité sans intérêt, il contesta avec constance chaque consigne, chaque décision, chaque proposition. Y récolta des notes catastrophiques, des heures et des heures de retenue, et même quelques horions de la part de condisciples bagarreurs. Renvoyé de collège en collège, il y épuisa une tripotée de profs et de surveillants, jusqu’au jour de ses 15 ans, quand il décréta qu’il ne mettrait plus jamais un pied dans un établissement scolaire et fit son sac pour prendre la route. Aglaé, à nouveau célibataire depuis quelques mois, prit l’argent de la semaine dans le pot à épices et courut derrière Samuel pour le lui fourrer dans la main. Puis elle le regarda partir jusqu’à ce qu’il ait tourné le coin de la rue et rentra chez elle en soupirant.

Trois semaines plus tard, en fin de journée, une voiture de gendarmerie s’arrêta dans la cour et Samuel en descendit. Il avait été ramassé à Salazar, dans un squat soit disant mal famé, à la suite de la plainte d’un voisin. Un voisin du squat, pas un voisin d’Aglaé. Le brigadier qui ramenait Samuel avait un fils du même âge que lui. Il le sermonna avec autant de bienveillance dont il était capable et le fit monter dans la bétaillère de la gendarmerie pour le raccompagner chez lui. Samuel dévalisa le frigo, prit une douche, dormit quinze heures dans son lit d’enfant. Quand il émergea d’un sommeil de souche, Aglaé était absente. Il vida le pot à épices et repartit, sac au dos.

Aglaé téléphona à la gendarmerie et demanda à parler au brigadier. Samuel fut de nouveau interpellé, sermonné, ramené chez sa mère. Une fois. Puis une autre. Et ainsi de suite. Aglaé trouvait un allié imprévu et précieux dans ce brigadier de gendarmerie, un homme fait et qui n’était pas vilain garçon, qui raccompagnait Samuel à la maison avec constance et détermination, sans perdre de sa bienveillance. Samuel, qui se nourrissait surtout grâce au contenu du pot à épices et appréciait une bonne nuit de sommeil hebdomadaire, ne détestait pas rentrer à la maison de temps en temps, à condition de ne pas devoir y séjourner en permanence. Quant au brigadier, divorcé de fraîche date, il avait pris goût aux visites, Aglaé étant toujours, aux alentours de ses trente-cinq ans, une très jolie femme. Elle avait besoin de son aide.

Le brigadier dont je vous parle s’appelait Martin Pêcheur. Croyez-le si vous voulez, ce n’est pas le sujet. De fil en aiguille, Aglaé et Martin, qui se voyaient souvent pour parler de Samuel, en vinrent à d’autres considérations et finirent par nouer une relation amoureuse tout ce qu’il y avait de stable. Le jour où Martin déclara officiellement son amour à Aglaé et lui demanda de l’épouser, elle tomba provisoirement dans les pommes et définitivement dans ses bras. Martin devint ainsi le beau-père de Samuel. Le brigadier avait toujours agi sans condescendance envers le jeune homme. Une conversation d’homme à homme s’engagea.

Samuel allait bientôt atteindre sa majorité. Qu’allait-il donc bien pouvoir faire de sa vie ?

Au bout du compte, on fit appel à un cousin éloigné, Thimothée Dourakuire, lui-même militaire de carrière et qui résidait à Salazar, tenant de hautes fonctions auprès du monarque régnant, Merlun de Bourbon-Pointu. C’est ainsi que le jeune homme intégra la Grande Armée de Toukontefé et devint le smoac de Dourakuire, qui venait d’être nommé Vénéral. Samuel fit place à Morington.

Dourakuire et Morington passaient ensemble le plus clair de leur journée. Tel est le lot d’un Vénéral et de son smoac. Ensemble, ils arpentaient les chemins de ronde en scrutant l’horizon, commentant l’avancée de la végétation. Ils jouaient aux cartes, discutaient et se saoulaient (surtout Dourakuire). Au cours de longues journées d’ennui au château de Salazar, ils échangèrent des considérations sur la guerre, la politique, la musique, la poésie, la biodiversité, enfin la vie, quoi, en vinrent à évoquer leur enfance, bref, ils firent connaissance.  Lorsqu’ils étaient seuls, ils discutaient à bâtons rompus, échangeant librement, à cœurs ouverts, mais en présence de tiers, Morington, prêt à bondir sur un simple regard, se tenait en retrait, silencieux. Il devait souvent se mordre la langue pour ne pas répondre « oui, mon oncle » mais plutôt « à vos ordres, mon Vénéral ». Comme il arrive parfois dans de telles circonstances, un lien filial très fort s’était noué entre eux.

*

Vous venez de lire le sixième chapitre de “Les Histoires Vraies du Bougreloche”.

La semaine prochaine, nos héros rencontreront leurs premiers problèmes à résoudre (si on omet l’apparition des nuages et l’élément déclencheur qui a suivi, c’est-à-dire l’arrivée du messager)

Dites-moi en commentaire si cette lecture vous a plu, ou écrivez-moi au moyen du formulaire de contact que vous trouverez ici.

L’image qui sert d’illustration à cette page est un collage que j’ai réalisé en agençant toutes les parties découpées d’un jeu de 52 cartes. C’est donc une œuvre originale que je vous remercie de ne pas dénaturer si vous décidez d’en copier l’image. Son titre est “L’ARMEE DU VENERAL DOURAKUIRE”.

Je prépare un second blog pour y partager mes travaux plastiques. Je vous tiendrai au courant de sa publication.

Enfin, vous êtes libres de préférer les polars. Ça tombe bien. Sur ce blog vous pouvez aussi lire “Toute la Lumière”, en cliquant ici.

Merci.

A bientôt.

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4 Replies to “HISTOIRES VRAIES (#6) / Le passé du héros”

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