🎧📖[podcast] “L’Enfant Eléphant”

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Comment l’éléphant acquit sa trompe

Ce conte, tiré lui aussi de Histoires comme ça de Rudyard Kipling, aurait pu être intitulé “Comment l’Eléphant acquit sa trompe”, sur le modèle de “Comment la Baleine acquit son gosier”, “Comme le Léopard acquit ses tâches”, “Comment le Chameau acquit sa bosse” ou “Comment le Rhinocéros acquit sa peau”.

L’auteur a préféré le nommer sobrement “L’Enfant Eléphant”. Les éléphants sont les plus grands animaux vivant sur Terre, avec un poids pouvant aller jusqu’à 6 tonnes pour les plus imposants d’entre eux (loxodonta africana).

L’éléphant d’Afrique

Le genre Eléphant d’Afrique (Loxodonta) comprend lui-même deux espèces distinctes :

  • l’éléphant de savane (les plus connus, grandes oreilles, grande taille, dos concave),
  • l’éléphant de forêt (oreilles rondes et plus petites, défenses plus minces).

L’éléphant de forêt, que l’on rencontre en forêt dense d’Afrique centrale et de l’Ouest, est plus difficile à protéger, à cause de la situation politique en Afrique.

Une espèce menacée (encore une)

Triste constat ! D’après Wikipedia, “la population des éléphants d’Afrique a très fortement chuté depuis plusieurs décennies, en raison du braconnage ainsi que, sur le long terme, de la destruction des habitats… La population des éléphants d’Afrique a chuté de 70 % depuis les années 1980. Ils pourraient être amenés à la disparition totale dans les années 2040.”

Wikipedia

D’après le WWF, de 20 000 à 30 000 éléphants sont abattus chaque année par les braconniers, pour leur ivoire, leur peau ou leur viande.

Le saviez-vous ?

L’éléphant est capable de percevoir les vibrations du sol dans un rayon de 16 km, ce qui lui permet de communiquer avec ses congénères et d’être renseigné sur son environnement immédiat.

Rudyard Kipling ne le savait pas, mais l’Eléphant d’Afrique est protégé par sa peau contre les coups de soleil, alors que ce n’est pas le cas de son homologue asiatique.



L’Enfant Eléphant, de Rudyard Kipling

Dans les Temps Anciens et Reculés, ô ma Mieux-Aimée, l’Éléphant n’avait pas de trompe. Il n’avait qu’un petit bout de nez brun bombé de la taille d’une botte, qu’il balançait bien de droite et de gauche, mais avec quoi il ne pouvait rien ramasser. Or, il y avait un Eléphant, un nouvel Éléphant, un Enfant d’Éléphant, plein d’une insatiable curiosité, ce qui fait qu’il posait toujours un tas de questions. Avec ça, il vivait en Afrique et il remplissait toute l’Afrique de son insatiable curiosité. Il demanda à sa grande tante l’Autruche pourquoi les plumes de sa queue poussaient comme ça, et sa grande tante l’Autruche lui donna une fessée avec sa patte dure, dure. Il demanda à sa grande tante la Girafe pourquoi elle avait la peau tachetée et sa grande tante la Girafe lui donna une fessée avec son sabot dur, dur. Mais il était toujours plein d’une insatiable curiosité. Il demanda à son gros oncle l’Hippopotame pourquoi il avait les yeux rouges, et son gros oncle l’Hippopotame lui donna une fessée avec son gros sabot ; et il demanda à son oncle poilu, le Babouin, pourquoi les melons avaient ce goût-là et son oncle poilu, le Babouin, lui donna une fessée avec sa patte poilue, poilue. N’empêche qu’il était toujours plein d’une insatiable curiosité ! Il posait des questions à propos de tout ce qu’il voyait, entendait, éprouvait, sentait ou touchait et tous ses oncles et ses tantes lui donnaient la fessée. Et il demeurait malgré tout plein d’une insatiable curiosité !

Un beau matin, au milieu de la Précession des Équinoxes, cet Enfant Éléphant à l’insatiable curiosité posa une nouvelle question, une bonne, qu’il n’avait encore jamais posée. Il demanda :

– Qu’est-ce que le Crocodile mange au dîner ?

Tous lui dirent « Chut ! » à haute et terrible voix ; puis ils le fessèrent sur-le-champ, pendant un long moment, sans s’arrêter.

Lorsque ce fut terminé, il tomba sur l’Oiseau Kolokolo assis au milieu d’un buisson de jujubier et il lui dit :

– Mon père m’a donné la fessée, ma mère m’a donné la fessée ; tous mes oncles et tantes m’ont donné la fessée pour mon insatiable curiosité, n’empêche que je veux savoir ce que le Crocodile mange au dîner !

Alors l’Oiseau Kolokolo dit, avec un cri lugubre :

– Va sur les rives du grand Fleuve Limpopo, aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses, bordées d’arbres à fièvre. Et tu le découvriras.

Dès le lendemain matin, comme il ne restait plus rien des Équinoxes, puisque la Précession avait précédé conformément au précédent, cet insatiable Enfant Éléphant prit cinquante kilos de bananes (des petites rouges), cinquante kilos de canne à sucre (de la longue violette) et dix-sept melons (des verts croquants) et il dit à sa famille :

– Au revoir. Je vais au grand Fleuve Limpopo, aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses, bordées d’arbres à fièvre, afin de savoir ce que le Crocodile mange au dîner.

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Alors, tous ensemble ils lui donnèrent une fessée de plus pour lui porter chance, quoiqu’il leur demandât bien poliment d’arrêter. Puis il s’en alla, un peu échauffé, mais pas du tout étonné, tout en mangeant des melons et en jetant la peau car il ne pouvait pas la ramasser. Il alla de Grahamstown à Kimberley et de Kimberley à Khamascountry, et à Khamascountry il prit la direction du nord-est, en continuant à manger des melons jusqu’à ce qu’enfin il atteignît les rives du grand Fleuve Limpopo, aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses, bordées d’arbres à fièvre, exactement comme l’avait décrit l’Oiseau Kolokolo.

Tu dois savoir et comprendre, ô ma Mieux-Aimée, qu’avant cette semaine-là, et ce jour, cette heure, cette minute, l’insatiable Enfant Éléphant n’avait jamais vu un Crocodile et ne savait pas à quoi ça ressemblait. Tout ça faisait son insatiable curiosité. La première chose qu’il vit fut un Serpent-Python-de-Rocher- Bicolore enroulé autour d’un rocher.

-‘Scusez-moi, dit l’Enfant Éléphant très poliment, mais avezvous vu une chose ressemblant à un Crocodile dans ces parages hétérogènes ?

– Si j’ai vu un Crocodile ? répéta le Serpent-Python-de- Rocher Bicolore d’un ton d’absolu mépris. Que vas-tu me demander ensuite ?

– ‘Scusez-moi, dit L’Enfant Eléphant, mais auriez-vous l’obligeance de me dire ce qu’il mange au dîner ?

Alors le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore se désenroula rapidement du rocher et il donna une fessée à L’Enfant Éléphant avec son écailleuse queue flagelleuse.

– C’est étrange, dit L’Enfant Éléphant. Mon père et ma mère, mon oncle et ma tante, sans parler de mon autre tante la Girafe et de mon autre oncle le Babouin, m’ont tous donné la fessée pour mon insatiable curiosité, et je suppose que vous faites la même chose pour la même raison.

Sur ce, il prit congé très poliment du Serpent-Python-de- Rocher-Bicolore après l’avoir aidé à se réenrouler autour du rocher et il poursuivit son chemin, un peu échauffé, mais pas du tout étonné, en mangeant des melons et en jetant la peau car il ne pouvait pas la ramasser ; jusqu’à ce qu’il posât la patte sur ce qu’il prit pour une bûche, juste au bord du grand Fleuve Limpopo aux grasses eaux vert de-grisées et huileuses, bordé d’arbres à fièvre. Mais il s’agissait en réalité du Crocodile, ô ma Mieux-Aimée, et le Crocodile cligna de l’oeil, comme ceci !

-‘Scusez-moi, dit L’Enfant Éléphant très poliment, mais vous n’auriez pas vu un Crocodile dans ces parages hétérogènes ?

Alors le Crocodile cligna de l’autre oeil et souleva à demi sa queue hors de l’eau ; et L’Enfant Éléphant recula très poliment car il n’avait pas envie de recevoir encore une fessée.

– Approche, Petit, dit le Crocodile. Pourquoi me poses-tu cette question ?

– ‘Scusez-moi, dit L’Enfant Éléphant très poliment, mais mon père m’a donné la fessée, ma mère m’a donné la fessée, sans parler de ma grande tante l’Autruche et de mon gros oncle l’Hippopotame, de ma tante la Girafe qui rue si fort et de mon oncle poilu le Babouin, sans oublier le Serpent-Python-de- Rocher-Bicolore à l’écailleuse queue flagelleuse, près de la rive, qui frappe plus fort que tous les autres, et donc, si ça ne vous ennuie pas, j’aimerais mieux ne plus être fessé.

– Approche, Petit, dit le Crocodile, car c’est moi le Crocodile.

Et pour le prouver il se mit à verser des larmes de Crocodile.

L’Enfant Éléphant en eut le souffle coupé, il s’agenouilla sur la rive, haletant, et dit :

– Vous êtes la personne que je cherche depuis si longtemps. Voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, ce que vous mangez au dîner ?

– Approche, Petit, dit le Crocodile. Je vais te le souffler à l’oreille.

Alors l’Enfant Éléphant approcha sa tête près de la gueule qui-mord-qui-tue du Crocodile, et celui-ci le saisit par son petit nez qui jusqu’à cette semaine, ce jour, cette heure, cette minute, n’était pas plus grand qu’une botte, mais bien plus utile.

– Je pense, dit le Crocodile, et il le dit entre ses dents, comme ceci, je pense que je commencerai aujourd’hui par de L’Enfant Éléphant.

En entendant cela, ô ma Mieux-Aimée, L’Enfant Éléphant fut fort ennuyé et il dit en parlant du nez :

– Laissez-boi bartir ! Vous be faites bal !

Alors le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore descendit la rive ventre à terre et dit :

– Mon jeune ami, si tu ne te mets pas maintenant, immédiatement et sans délai à tirer de toutes tes forces, j’ai bien peur que ce vieil ulster à larges bandes de cuir (il voulait parler du Crocodile) te précipite dans ce courant limpide avant que tu puisses dire « ouf ».

Ainsi s’exprima le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore. Alors L’Enfant Éléphant s’assit sur ses petites hanches et il tira, tira, tira, tant et si bien que son nez commença à s’allonger. Et le Crocodile barbotait dans l’eau qu’il rendait crémeuse à grands coups de queue, et lui aussi il tira, tira, tira.

Et le nez de L’Enfant Eléphant continuait à s’allonger ; et L’Enfant Eléphant se campa sur ses quatre petites pattes et tira, tira, et son nez continuait à s’allonger ; et le Crocodile battait l’eau en se servant de sa queue comme d’une rame et lui aussi, il tira, tira, tira et à chaque fois le nez de L’Enfant Eléphant s’allongeait davantage et cela lui faisait un mal de tous les diables !

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Puis L’Enfant Éléphant sentit ses pattes glisser, et il dit en parlant du nez, qui avait maintenant près de cinq pieds de long :

– Je n’en beux blus !

Alors le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore descendit la rive et se noua en double demi-clef autour des pattes de derrière de L’Enfant Éléphant et il dit :

– Voyageur imprudent et inexpérimenté, nous allons maintenant nous livrer sérieusement à un petit effort de traction car sinon, j’ai le sentiment que ce vaisseau de guerre à propulsion là-bas avec un pont supérieur blindé (par ces mots, ô ma Mieux-Aimée, il faisait allusion au Crocodile) va compromettre pour toujours ta future carrière.

Ainsi s’exprima le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore. Alors il tira et L’Enfant Éléphant tira et le Crocodile tira, mais L’Enfant Éléphant et le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore tirèrent plus fort et le Crocodile finit par lâcher le nez de L’Enfant Éléphant avec un « plop » qui résonna tout le long du Limpopo.

Alors L’Enfant Éléphant s’assit brusquement et lourdement, mais tout d’abord il prit bien soin de dire « merci » au Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore avant de s’occuper de son pauvre nez étiré. Il l’enveloppa dans des feuilles de bananier fraîches et le trempa au frais dans le grand Fleuve Limpopo aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses.

– Pourquoi fais-tu ça ? demanda le Serpent-Python-de- Rocher-Bicolore.

– ‘Scusez-moi, dit L’Enfant Éléphant, mais mon nez a perdu sa forme et j’attends qu’il rétrécisse.

– Tu risques d’attendre longtemps, dit le Serpent-Python-de- Rocher-Bicolore. Certaines gens ne savent pas ce qui est bon pour eux.

L’Enfant Éléphant resta assis trois jours à attendre que son nez rétrécisse. Mais il ne diminuait pas, et en plus il le faisait loucher. Car tu auras vu et compris, ô ma Mieux-Aimée, que le Crocodile en tirant en avait fait une véritable trompe comme celle qu’ont les Éléphants aujourd’hui. À la fin du troisième jour, une mouche vint le piquer sur l’épaule et avant même de se rendre compte de ce qu’il faisait, il leva sa trompe et tua la mouche.

– Avantage numéro un ! dit le Serpent-Python-de-Rocher- Bicolore. Tu n’aurais pas pu en faire autant avec ton sale petit bout de nez. Essaye de manger un peu maintenant.

Avant de se rendre compte de ce qu’il faisait, L’Enfant Éléphant étendit sa trompe et arracha une grosse touffe d’herbe qu’il épousseta contre ses pattes de devant avant de se l’enfourner dans la bouche.

– Avantage numéro deux ! dit le Serpent-Python-de-Rocher-

Bicolore. Tu n’aurais pas pu faire ça avec ton sale petit bout de

nez. Ne trouves-tu pas que le soleil tape dur par ici ?

-En effet, dit L’Enfant Éléphant.

Et avant de se rendre compte de ce qu’il faisait, de sa trompe il pompa une pompée de bourbe au bord du grand Fleuve Limpopo aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses, et se la plaqua sur la tête où ça lui fit un beau bonnet de boue bulleuse et flasque qui lui dégoulinait derrière les oreilles.

– Avantage numéro trois ! dit le Serpent-Python-de-Rocher- Bicolore. Tu n’aurais pas pu faire ça avec ton sale petit bout de nez. Et maintenant, aimerais-tu recevoir encore des fessées ?

– ‘Scusez-moi, dit L’Enfant Éléphant, mais ça ne me plairait pas du tout.

– Ça te dirait de donner une fessée à quelqu’un ? dit le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore.

– Ça me plairait énormément, je l’avoue, dit L’Enfant Éléphant.

– Dans ce cas, dit le Serpent-Python-de-Rocher-Bicolore, tu verras que ton nouveau nez est fort utile pour fesser les gens.

– Merci, dit L’Enfant Éléphant. Je m’en souviendrai ; maintenant, je crois que je vais rentrer chez moi et rejoindre ma chère famille pour essayer.

Alors L’Enfant Éléphant rentra chez lui à travers l’Afrique en frétillant de la trompe. Lorsqu’il voulait manger des fruits, il les cueillait directement sur l’arbre au lieu d’attendre qu’ils tombent comme auparavant. Lorsqu’il voulait de l’herbe, il l’arrachait du sol au lieu de s’agenouiller comme auparavant. Lorsque les mouches le piquaient, il brisait une branche d’arbre et s’en servait comme chasse-mouches ; et il se faisait un nouveau bonnet de boue fraîche fangeuse-spongieuse lorsque le soleil était trop chaud. Quand il en avait assez de marcher seul à travers l’Afrique, il chantait dans sa trompe et ça faisait autant de bruit que plusieurs fanfares. Il fit un détour afin de trouver un gros

Hippopotame (ce n’était pas un parent) et lui administrer une terrible fessée pour s’assurer que le Serpent-Python-de-Rocher- Bicolore ne lui avait pas menti au sujet de sa nouvelle trompe. Le reste du temps, il ramassa les peaux de melon qu’il avait jetées en se rendant au fleuve Limpopo, car c’était un Pachyderme très propre. Par un soir sombre il retrouva sa chère famille ; il enroula sa trompe et dit :

– Comment allez-vous ?

Ils étaient très heureux de le revoir et ils dirent aussitôt :

– Viens ici recevoir une fessée pour ton insatiable curiosité.

– Peuh ! dit l’Enfant Éléphant. Je crois que vous ne connaissez rien à la fessée ; moi par contre, je peux vous montrer.

Sur ce, il déroula sa trompe et jeta deux de ses chers frères cul par-dessus tête.

– Oh, purée ! dirent-ils. Où as-tu appris ce coup-là et qu’as-tu fait à ton nez ?

– Le Crocodile qui vit sur les rives du grand Fleuve Limpopo aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses m’en a donné un nouveau, dit l’Enfant Éléphant. Je lui ai demandé ce qu’il mangeait au dîner et j’ai reçu ça en souvenir.

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– Ce n’est pas beau, dit son oncle poilu, le Babouin.

– Oui, c’est vrai, dit l’Enfant Éléphant, mais c’est bien commode.

Et, saisissant son oncle poilu, le Babouin, par une patte poilue, il l’envoya dans un nid de frelons. Puis ce méchant Enfant Éléphant se mit à fesser toute sa chère famille pendant un long moment, jusqu’à ce qu’ils fussent très échauffés et fort étonnés. Il arracha à sa grande tante l’Autruche les plumes de sa queue ; et il attrapa sa grande tante la Girafe par les pattes de derrière et la traîna dans un buisson d’épines ; il cria après son gros oncle l’Hippopotame et lui souffla des bulles dans les oreilles pendantbque celui-ci faisait la sieste dans l’eau après manger ; mais il ne laissa personne toucher à l’Oiseau Kolokolo. À la fin, ça chauffait tellement que tous les membres de sa chère famille se précipitèrent, un par un, vers les rives du grand Fleuve Limpopo aux grasses eaux vert-de-grisées et huileuses, et bordé d’arbres à fièvre, pour emprunter au Crocodile de nouveaux nez. Quand ils revinrent, personne ne fessa plus personne ; et depuis ce jour, ô ma Mieux-Aimée, tous les Éléphants que tu verras, et tous ceux

que tu ne verras pas, ont des trompes exactement semblables à la trompe de l’insatiable Enfant Éléphant.

À mon service j’ai mis

Six bons garçons.

Voici leurs noms :

Quoi, Pourquoi, Quand,

Où, Qui, Comment.

C’est d’eux que j’ai tout appris.

De l’orient

Jusqu’au couchant

Je les envoie par monts, par vaux

Mais quand s’achèvent leurs travaux,

À tous je propose

Une bonne pause.

Aux heures où d’usage

Je suis à l’ouvrage,

Je leur donne un long répit,

Et je n’oublie pas

Le temps des repas,

Car ils ont grand appétit

Mais autres gens, autres manières :

Je connais une personne

Jeune et mignonne

Qui emploie bien dix millions

De bons garçons

Et qui jamais ne leur laisse

Repos ni cesse.

À peine ouvertes ses paupières,

Au loin, pour traiter ses affaires,

Elle envoie, très urgemment,

Un bon million de Comment

À peu près deux millions d’Où,

Et surtout…

Sept millions de Pourquoi !

Foire aux questions

Quelles différences entre l’éléphant d’Afrique et l’éléphant d’Asie ?

La différence qui permet d’identifier aisément un éléphant sur une photographie, c’est bien sûr la taille et la forme de ses oreilles. Celles de l’éléphant d’Asie sont beaucoup plus petites et de forme arrondie.
Ce n’est toutefois pas la seule différence. L’éléphant d’Afrique est plus grand et plus lourd, jusqu’à 6 tonnes contre 5 maximum pour son cousin asiatique. La forme de sa trompe est différente, son front ne présente pas de bosses, son dos est plat. Les pieds des deux espèces ne présentent pas non plus le même nombre d’orteils. Les défenses de l’éléphant africain sont beaucoup plus développées. Enfin, l’épine dorsale de l’éléphant africain compte 20 vertèbres, alors que celle de l’éléphant asiatique en compte 21.
Bien sûr, pour s’apercevoir de toutes ces différences, il faut s’approcher très très près, ce qui est fortement déconseillé.
A noter que l’éléphant asiatique est domestiqué depuis très longtemps, ce qui n’a jamais été le cas en Afrique.
Notons aussi que contrairement aux idées reçues, c’est bien l’éléphant d’Asie qui fait partie des espèces les plus en danger à l’heure actuelle. Dans l’ensemble de l’Asie, on ne compte pas plus de 50 000 individus, alors que la population d’éléphants africains est estimées à 500 000.

Le grand fleuve Limpopo existe-t-il ? Ou bien est-ce une invention de Rudyard Kipling ?

Le Limpopo est bien un fleuve d’Afrique australe et son nom signifie “fleuve des crocodiles“. C’est donc bien l’endroit à fréquenter pour en rencontrer un.
Il prend sa source à l’intérieur du continent, en Afrique du Sud, et se jette dans l’océan Indien au Mozambique, après environ 1 600 km. Son affluent principal est l’Olifants. Une partie de son cours détermine la frontière entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud (Source : Wikipedia).

Pour aller plus loin

➡️ Lire ou écouter “Comment le Rhinocéros acquit sa peau”

➡️ Lire ou écouter “Comment la Baleine acquit son gosier”

➡️ Lire ou écouter “Comment le chameau acquit sa bosse”

➡️ Lire ou écouter “Comment le léopard acquit ses tâches”

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4 réponses à “🎧📖[podcast] “L’Enfant Eléphant””

  1. Très bonne idée les histoires lues, ça nous permet une pause de temps en temps 😉

    1. C’est mieux que la télévision ! La lecture était mon moment de la journée préféré… Tout le monde est calme, on est serrés les uns contre les autres, installés confortablement… Et on lit ! Et on rigole, aussi.

  2. Merci pour ce joli conte très bien énoncé ! Idéal pour endormir les enfants; le ton de ta voix est impeccable. Merci 🙂

    1. Bonjour Nico ! Oui tous les contes de Rudyard Kipling sont réussis… mais j’avoue une faiblesse pour celui-là (et pour Comment le Rhinocéros acquit sa peau, qui me fait toujours rire).

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