10 ASTUCES POUR (BIEN) ECRIRE DE LA FICTION : Pourquoi je n’écrirai pas cet article

10 astuces pour bien écrire de la fiction

Un truc terrible pour attirer les lecteurs

Les blogueurs ont un truc terrible pour être lus. Ils composent des articles listes. Il paraît que ça attire l’internaute, forcément toujours pressé, tourné vers la facilité, avide de performance rapide, aussi sûrement que la vitrine du chocolatier à Noël attire le regard du gourmet (de la gourmette ?) qui sommeille en moi.

Le top du top, c’est la liste d’astuces, qui assure un lectorat fourni, de nombreux partages, moult commentaires.

Astuce : petite invention qui suppose de l’ingéniosité. Synonymes : détour, trouvaille, truc, combine, feinte, subtilité, adresse, ruse, sagacité, dextérité, habileté, finesse.

Sacrebouille, me v’la bien ! Il faudrait donc que je ponde une liste d’astuces pour (bien) écrire de la fiction ?

C’est bien ça ? Oui ?

Mais non.

10 astuces pour naître au bon endroit au bon moment et vivre son enfance en toute quiétude ?

10 astuces pour échapper à tout jamais aux accidents de la vie ?

10 astuces pour surmonter la maltraitance et envoyer chier son bourreau ?

10 astuces pour abolir le capitalisme et son cortège de guerres et de famines organisées ?

10 astuces pour ignorer le réchauffement climatique et la sixième extinction de masse des espèces ?

10 astuces pour se foutre de la décrépitude et déféquer joyeusement dans ses couches ?

10 astuces pour nier la maladie et éloigner sida, cancer et toute cette sorte de chose ?

10 astuces pour apprendre à mourir avec ou sans panache ?

A la rigueur, 10 astuces pour se débarrasser d’une famille encombrante, ça, je pourrais…

Écrire de la fiction, c’est proposer une lecture personnelle du monde tel qu’il est, rien d’autre. Pas moyen de sortir de là. J’en vois une qui objecte.

Tu écris à propos du monde “tel qu’il pourrait être” ? C’est pareil, ma grande.

Se différencier c’est se définir par rapport à ce qui existe.

Avoir quelque chose à dire

Pour bien écrire de la fiction, il faut beaucoup travailler, mais surtout, avant ça, il faut avoir quelque chose à dire. J’ai beau aimer les histoires, une bonne histoire ne suffit pas à me satisfaire. Comment te dire ? Tiens. Prends Ken Follett. Un bon faiseur d’histoire, non ? Documenté, et tout… Et pourtant, comme il m’ennuie ! Jamais pu terminer la lecture d’un de ses bouquins. Ces gentils, si gentils. Ces méchants, si méchants. Ces ressorts, si transparents. Quelle barbe ! Six cents pages où cent cinquante suffiraient amplement.

Non, la matière des (bons) romans, c’est-à-dire, nous sommes d’accords, n’est-ce pas : obstacles, difficultés, trahisons, échecs… c’est aussi tout ce qui échappe aux faits bruts. Tout ce qui advient au-dedans de X pendant que X est occupé à se rendre d’un point A à un point B, où il rencontrera N ou O… avec qui il y aura (ou pas) interaction, etc.

Qu’arrive-t-il aux vivants, toi, moi, nous-autres, sous-ensembles de cellules en mouvement, sensibles, ressentant ?

Pulsions. Espoirs. Faiblesses. Complexité des émotions…

L’extrême fragilité du vivant

La vérité de l’humain face à l’inévitable décrépitude des choses et de lui-même, sa capacité d'(in)adaptation aux expériences douloureuses.

La résilience.

L’impermanence. Très bon, l’impermanence. Si vrai. Si profond.

C’est cela qui nous prend aux tripes, au cœur, aux ovaires ou aux couilles, qui nous révulse ou nous transporte – d’autant plus si l’auteur parvient à le faire ressentir sans s’étendre des heures sur les pensées des personnages.

C’est là dedans qu’on peut se (re)connaître.

C’est cela qui parle à nos cellules et nous fait ressentir tantôt la joie profonde et tantôt le dégoût, tout aussi profond (peut-être plus) d’appartenir à l’espèce humaine.

Lis du feel-good à la chaîne, no problemo.

Ecris donc des fins heureuses, si tu veux.

Fais ton Philippe Delerm, si tu y parviens ! Très difficile, ça. Bon courage !

Tu verras qu’à la fin, tu n’écriras malgré tout que sur l’impossibilité de tenir fermement quoi que ce soit entre tes mains.

Pas de liste d’astuces pour apprendre à vivre

La vie est un sable plus ou moins fin, plus ou moins coloré, qui s’écoule inexorablement dans un sablier fragile.

Tout comme il n’y a pas d’astuces pour apprendre à vivre, il n’y a pas d’astuces pour apprendre à (bien) écrire de la fiction.

Ou alors :

Pour (bien) écrire de la fiction :

(ci-dessous liste non exhaustive “d’astuces”)

  • Vis ! brûle !
  • Essaie !
  • Expérimente !
  • Affronte !
  • Accepte !
  • Trompe-toi !
  • Échoue et recommence – ou pas !
  • Souffre !
  • Tombe ! Lève-toi !
  • Oublie !
  • Aime, hais – c’est pareil !
  • Pose-toi des questions, n’y répond pas !
  • Recommence !

Et bien sûr, avant tout et par-dessus tout, écris !

Merde ! J’en ai 14.

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4 Replies to “10 ASTUCES POUR (BIEN) ECRIRE DE LA FICTION : Pourquoi je n’écrirai pas cet article”

  1. Un ami m’a un jour dit : « Tout bon roman se termine pas la mort. ». Depuis j’ai beau avoir essayé de trouver un contre exemple dans les histoires qui m’ont le plus touchée et je n’y suis pas parvenue. Elles se terminent toutes par les mort physique ou psychologique du ou des protagonistes. Oui, l’impermanance. Merci pour ton article qui me parle beaucoup 🙂

    1. Merci Aurélie. Beaucoup de polars commencent aussi par une mort. La vie, la mort, deux faces d’une même pièce. Du moment que la pièce est bonne. La bonne est dans l’escalier. etc.

Ecrivez un commentaire, je me ferai un plaisir d'y répondre.

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