L’élément déclencheur de l’intrigue / 7 clés à connaître

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Les clés d’une bonne intrigue

Qu’est-ce qu’un élément déclencheur ?

Captiver le lecteur nécessite de lancer l’intrigue rapidement. L’intrigue débute après l’exposition, lorsqu’un imprévu intervient qui vient bouleverser la vie du héros en le contraignant à y réagir. Cet imprévu s’appelle l’élément déclencheur, ou perturbateur.

NB : Pour mémoire, l’exposition est tout ce qui précède l’arrivée de l’élément déclencheur et dont la fonction est de présenter le héros en donnant quelques unes de ses caractéristiques, voire de permettre au lecteur de comprendre sa réaction. La taille de l’exposition varie selon la longueur et le genre de votre texte. Selon, aussi, la dynamique vous voulez lui impulser. Elle peut être réduite à sa plus simple expression. 

🗝️ #1 – Le bon timing : quand faire intervenir l’élément déclencheur ?

De bons exemples valent mieux qu’un long discours.

Exemple 1 : roman d’initiation

Imaginons que vous écrivez un roman d’initiation, que votre héros à tout juste 17 ans et qu’il s’ennuie durant les vacances dans la grande maison familiale. Il attend l’arrivée de sa cousine préférée quelques semaines plus tard (ce sont des grandes vacances😴).

  • Il est possible d’écrire un premier chapitre le montrant en train d’errer dans la maison, de fouiller dans les tiroirs de la chambre de ladite cousine (pour renifler son linge!) ou de passer de longues heures à rêvasser dans le hamac sous la tonnelle avec une bande dessinée et une citronnade. C’est le chapitre d’exposition, qui permettra au lecteur de se représenter l’atmosphère de votre récit. Peut-être même d’éprouver une certaine nostalgie, s’il a lui-même connu une maison de vacances dans laquelle il s’est ennuyé longuement. 📖

Exemple 2 : polar

Cette fois-ci, votre roman est un polar pur fruit et votre héros doit mener l’enquête. L’action peut démarrer directement, sans trop d’indications préalables. Ce qui ne vous empêchera pas de glisser ici et là au fil des pages des informations “privées” sur votre héros, de façon à l’humaniser un peu, à ne pas le limiter à sa fonction. Mais on peut considérer que dans le polar, l’élément déclencheur fait partie de la routine du héros. C’est le meurtre ou le délit sur lequel il doit enquêter. 🔫

  • Attention ça fonctionne très bien comme entrée en matière, mais si vous écrivez un roman d’une certaine ampleur, vous ne pourrez pas conserver un rythme soutenu tout du long et faire pleuvoir les catastrophes sur la tête de votre héros en continu. Des moments de pause, de respiration sont nécessaires à la narration… avant de reprendre la lutte contre l’adversité.

Exemple 3 : nouvelle

Vous n’écrivez pas un roman mais une nouvelle, un conte, ou une fable. Il est conseillé d’entrer rapidement dans le vif du sujet et de ne pas vous embarquer dans trop de détails, qui dilueraient votre histoire et lui feraient perdre tout son piquant. Un paragraphe suffit souvent pour l’exposition et parfois même, exposition et élément déclencheur sont condensés dans la même phrase.

  • Dans sa très brève nouvelle d’un peu moins de trois pages, titre compris, “Légende des Bords du Rhin”, Victor Hugo expose brièvement la situation dans un paragraphe d’exposition. On construit une église à Aix-la-Chapelle mais l’argent vient à manquer, les travaux s’arrêtent, le sénat tient conseil. Puis, dès le second paragraphe :   “Comme il délibérait, entre un quidam, un étranger, un inconnu, de haute taille et de belle mine…” L’élément déclencheur vient d’arriver. ⛪
  • Dans ses fables, Jean de La Fontaine ne s’attarde pas sur l’exposition non plus. Deux phrases : “La raison du plus fort est toujours la meilleure, nous l’allons montrer tout à l’heure (ce qui veut dire tout de suite et non pas plus tard). Un agneau se désaltérait dans le courant d’une onde pure“. Puis le déclencheur : “Un loup survînt, à jeun, qui cherchait aventure et que la faim en ces lieux attirait.” 🐺 Après quoi le récit peut commencer.
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Des clés qui ferment, des clés qui ouvrent…

Introduire un mystère, un questionnement

Si vous préférez écrire un long chapitre d’exposition pour présenter votre héros, sa situation, ou le contexte (par exemple dans le cadre d’un roman historique), il est toujours possible d’introduire un questionnement, un mystère, au moyen d’une phrase ou deux, ou même moins.

Tout dépend de la forme de narration que vous avez choisie. Narrateur omniscient ou pas, point de vue interne ou externe, à la troisième ou à la première personne, tant que vous écrivez à l’imparfait ou au passé simple, vous pouvez toujours glisser “S’il avait su, il n’aurait pas tenté de réparer sa bicyclette” (par exemple).

Ce qui annoncera les difficultés ultérieures et, normalement, éveillera la curiosité de votre lecteur.

Exemples tirés de la littérature

Pour savoir comment s’y prend Stephen King, je vous conseille de lire mon article Comment écrire un roman comme Stephen King.

Voici le second paragraphe de “Les vrais durs ne dansent pas” (“Tough guys don’t dance”, 390 pages dans la collection Rivages/poche). L’auteur, Norman Mailer, après un court paragraphe d’exposition (l’aube, les mouettes, la marée sur le sable, la jetée sous la fenêtre de la chambre, la solitude), attaque ainsi :

En fait, je m’éveillais seul dans mon lit, c’était un morne matin, le vingt-quatrième depuis que ma femme avait levé le camp. Ce soir-là, toujours seul, je célébrerais l’arrivée de la vingt-quatrième nuit. Ça a du être quelque chose, cette célébration. Les jours suivants, cherchant un quelconque indice aux nombreuses horreurs qui allaient m’accabler, je tenterais de percer les bancs de brume de la mémoire pour me rappeler quels actes au juste je pourrais bien avoir ou on commis pendant toute la durée de cette vingt-quatrième nuit.” 🌃

N’êtes-vous pas curieux de connaître la suite ? Moi si. Ce genre d’accroche produit sur moi l’effet recherché, je plonge la tête la première.

La bande annonce du film adapté du polar de Norman Mailer ⬇️

Tous les attributs d’un bon élément déclencheur

🗝️#2 – Comme un cheveu sur la soupe (ou une .ouille dans le potage)

L’élément déclencheur, après l’exposition, intervient souvent comme un cheveu sur la soupe, alors que le héros est occupé. On le reconnaît facilement par l’usage de locutions telles que “Mais, un jour”, “Pourtant”, “Tout à coup”, “Soudain” qui introduisent un changement d’ambiance. 🪂

🗝️#3 – Comme il vous plaira

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Toxique ou bénéfique ?

L’élément déclencheur se présenter sous de multiples formes. Une rencontre ou une visite inattendue, une lettre, annonçant une bonne ou une mauvaise nouvelle, un incident ou un accident, un hasard heureux ou malheureux, une indiscrétion… A vous de voir.

🗝️#4 – Toxique… ou bénéfique

L’élément déclencheur peut-être bénéfique pour le héros. Une bonne nouvelle, disons un héritage… ou le retour d’un ami parti faire de longues études à l’étranger, par exemple.

Il peut aussi être toxique ou négatif : Une mauvaise nouvelle, disons la mort d’un proche très aimé… ou le retour d’un rival parti faire de longue études à l’étranger, par exemple.

🗝️#5 – Toucher le héros de très près

L’élément déclencheur doit pousser le héros à réagir… ou l’empêcher de dormir jusqu’à qu’il se sente obligé de s’impliquer dans une action. Il peut donc le concerner directement, ou concerner quelqu’un qu’il aime, ou quelqu’un dont il est responsable. Exemple : Un enfant dont il a la garde disparaît à la sortie de l’école.

🗝️#6 – Suffisamment puissant pour susciter un conflit et le désir de le résoudre

L’élément déclencheur doit bouleverser l’équilibre quotidien du héros et le pousser à l’action, générer le désir de rétablir l’équilibre. Tant que l’équilibre ne sera pas rétabli, ou le héros définitivement KO si vous n’avez pas prévu de happy end, le héros continuera ses tentatives. L’élément déclencheur doit intervenir dans la vie du héros ou celle de ses proches et être suffisamment significatif ou grave pour qu’il s’implique dans la résolution de la situation, quoi qu’il lui en coûte.

🗝️#7 – Catalyseur plus déclencheur, la double détente de la fiction

L’élément déclencheur peut-être à double détente. Admettons que notre jeune homme de tout à l’heure, attendant l’arrivée de sa cousine dans la grande maison de vacances où il s’ennuie à cent sous de l’heure, voie passer chaque jour sur le chemin à peu près à la même heure une dame à vélo. C’est une de ses anciennes institutrices dont il était un peu amoureux lorsqu’il avait 9 ans.

La cousine repousse son arrivée et le jeune homme s’ennuie vraiment beaucoup. De plus, il est déçu. Il se débrouille pour nouer une relation avec l’institutrice, ce qui va poser problème au moment de l’arrivée de la cousine, qui finit par venir malgré tout.

L’événement déclencheur n’est pas le moment où il s’arrange pour croiser la dame et discuter avec elle (ça, c’est le catalyseur), mais bien quand, la semaine suivante, il ose l’inviter à boire une citronnade en sa compagnie dans la grande maison. C’est ce moment en effet qui va être le point de départ de leur relation, le déclencheur.

Rappel et résumé :

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Pour conclure :

Quel que soit votre choix, apportez tout votre soin à la façon dont l’élément déclencheur entre dans la vie de votre héros, mais n’en faites pas trop dans le genre roulements de tambour ou sonnerie de clairon. Exposez sobrement les faits, ils n’en auront que plus de portée.

Dans le second chapitre d’Histoires vraies, je fais intervenir l’élément déclencheur sous la forme d’un messager apportant des nouvelles étonnantes.

Pour en savoir plus dirigez-vous vers cette page, vous y lirez et vous y entendrez le chapitre 2.

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8 réponses à “L’élément déclencheur de l’intrigue / 7 clés à connaître”

  1. flo rime dit :

    J’aime beaucoup lire, c’est passionnant de visiter “les coulisses” des romans 🙂

    1. N’est-ce-pas ? Qu’aimerais-tu découvrir ?

  2. De la technique d’écrivain à essayer d’adapter à l’écriture sur un blog… Merci 🙂🙂

    1. Toutes les techniques de storytelling sont inspirées la littérature… Absolument, toutes !

    1. Comme en musique, il y a un rythme à trouver dans l’écriture. D’où la nécessité de se relire à haute et intelligible voix.

  3. pierrefavrebocquet dit :

    Très intéressant ton article ! Depuis peu je me penche sur les recettes qui permettent d’élaborer les histoire qui capte l’attention. Et ton article m’en offre une. Merci 🙂

    1. De rien. Il y a quelques règles de base à connaître… ensuite c’est ce que tu as à dire et bien sûr, ton style propre, qui font la différence;

Ecrivez un commentaire, je me ferai un plaisir d'y répondre.

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