🎧🖋️10 astuces pour (bien) écrire de la fiction

Pourquoi je n’écrirai pas cet article ?

10 astuces pour bien Ă©crire de la fiction

Un truc terrible pour attirer les lecteurs :

Les blogueurs ont un truc terrible pour être lus. Ils composent des articles listes. Il paraît que ça attire l’internaute, toujours pressé, tourné vers la facilité, avide de performance rapide, aussi sûrement que la vitrine du chocolatier à Noël attire le regard des gourmets et des gourmettes, si vous me permettez cette féminisation hasardeuse d’un mot qui n’existe qu’au masculin.

Mais revenons à nos blogueurs. Le top du top, c’est la liste d’astuces, qui assure un lectorat fourni, de nombreux partages, moult commentaires.

Astuce : petite invention qui suppose de l’ingéniosité. Synonymes : détour, trouvaille, truc, combine, feinte, subtilité, adresse, ruse, sagacité, dextérité, habileté, finesse.

Sacrebouille, me v’la bien ! Il faudrait donc que je ponde une liste d’astuces pour écrire de la (bonne) fiction ?

C’est bien ça ?

Oui ?

Mais non.

  • 10 astuces pour naĂ®tre au bon endroit au bon moment et vivre son enfance en toute quiĂ©tude ?
  • 10 astuces pour Ă©chapper Ă  tout jamais aux accidents de la vie ?
  • 10 astuces pour surmonter la maltraitance et envoyer chier son bourreau ?
  • 10 astuces pour abolir le capitalisme et son cortège de guerres et de famines organisĂ©es ?
  • 10 astuces pour ignorer le rĂ©chauffement climatique et la sixième extinction de masse des espèces ?
  • 10 astuces pour se foutre de la dĂ©crĂ©pitude et dĂ©fĂ©quer joyeusement dans ses couches ?
  • 10 astuces pour nier la maladie et Ă©loigner sida, cancer et toute cette sorte de chose ?
  • 10 astuces pour apprendre Ă  mourir avec ou sans panache ?

A la rigueur, 10 astuces pour se débarrasser des témoins de Jéhovah, ça, je pourrais…

Écrire de la fiction, c’est proposer une lecture personnelle du monde tel qu’il est, rien d’autre. Pas moyen de sortir de lĂ . 

Se différencier c’est se définir par rapport à ce qui existe.

Avoir quelque chose Ă  dire.

Pour bien écrire de la fiction, il faut beaucoup travailler, mais surtout, il faut avoir quelque chose à dire. J’ai beau aimer les histoires, une bonne histoire ne suffit pas à me satisfaire.

Non, la matière des (bons) romans, c’est-à-dire, nous sommes d’accords, n’est-ce pas : obstacles, difficultés, trahisons, échecs… c’est aussi tout ce qui échappe aux faits bruts. Tout ce qui advient au-dedans de X pendant qu’il est occupé à se rendre d’un point A à un point B, où il rencontrera W… avec qui il y aura interaction, etc.

Qu’arrive-t-il aux vivants, vous, moi, nous-autres, sous-ensembles de cellules en mouvement, sensibles, ressentant ?

Pulsions. Espoirs. Faiblesses. Complexité des émotions…

L’extrême fragilité du vivant.

La vérité de l’humain face à l’inévitable décrépitude des choses et de lui-même, sa capacité d'(in)adaptation aux expériences douloureuses.

La résilience.

L’impermanence. Très bon, l’impermanence. Si vrai. Si profond.

C’est cela qui nous prend aux tripes, au cœur, qui nous révulse ou nous transporte – d’autant plus si l’auteur parvient à le faire ressentir sans s’étendre des heures sur les pensées des personnages.

C’est là-dedans qu’on peut se (re)connaître.

C’est cela qui parle à nos cellules et nous fait ressentir tantôt la joie profonde et tantôt le dégoût, tout aussi profond (peut-être plus) d’appartenir à l’espèce humaine.

Faire du feel-good à la chaîne, no problemo.

Ecrire des fins heureuses, si on veut.

Faire Son Philippe Delerm, si on y parvient ! Très difficile, ça. 

A la fin, on n’écrit malgré tout que sur l’impossibilité de tenir fermement quoi que ce soit entre ses mains.

Pas de liste d’astuces pour apprendre à vivre.

La vie est un sable plus ou moins fin, plus ou moins coloré, qui s’écoule inexorablement dans un sablier fragile.

Tout comme il n’y a pas d’astuces pour apprendre à vivre, il n’y a pas d’astuces pour apprendre à (bien) écrire de la fiction.

Ou alors :

Pour (bien) Ă©crire de la fiction :

(ci-dessous liste non exhaustive “d’astuces”)

  • Vis ! BrĂ»le !
  • Essaie !
  • ExpĂ©rimente !
  • Affronte !
  • Accepte !
  • Trompe-toi !
  • Échoue et recommence !
  • Souffre !
  • Tombe ! Lève-toi !
  • Oublie !
  • Aime, hais – c’est pareil !
  • Pose-toi des questions, n’y rĂ©pond pas !
  • Recommence !

Et bien sûr, avant tout et par-dessus tout, écris !

Ah crotte ! J’en ai 14, des astuces.

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4 rĂ©ponses Ă  “🎧🖋️10 astuces pour (bien) Ă©crire de la fiction”

  1. Un ami m’a un jour dit : « Tout bon roman se termine pas la mort. ». Depuis j’ai beau avoir essayé de trouver un contre exemple dans les histoires qui m’ont le plus touchée et je n’y suis pas parvenue. Elles se terminent toutes par les mort physique ou psychologique du ou des protagonistes. Oui, l’impermanance. Merci pour ton article qui me parle beaucoup 🙂

    1. Merci AurĂ©lie. Beaucoup de polars commencent aussi par une mort. La vie, la mort, deux faces d’une mĂŞme pièce. Du moment que la pièce est bonne. La bonne est dans l’escalier. etc.

  2. Ahahah, j’attends les 10 astuces pour se dĂ©barrasser d’une famille encombrante ! 🙂

    1. Pourquoi pas. Cela pourrait faire l’objet d’une nouvelle.

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