đŸŽ§đŸ–‹ïž4 clĂ©s pour captiver votre lecteur dĂšs les premiĂšres pages

Un lecteur absorbé  dĂšs les premiĂšres pages

La partie la plus importante de votre roman : les premiĂšres pages.

Ce sont les premiĂšres pages de votre roman qui vont donner au lecteur l’envie de rentrer dans l’histoire que vous lui proposez. La premiĂšre phrase est primordiale. Ce fameux incipit que les Ă©crivains travaillent et retravaillent jusqu’à obtenir l’effet recherchĂ©.

Notez qu’à moins de faire partie des auteurs auto-Ă©ditĂ©s, l’incipit est avant toute autre chose ce qui retiendra l’attention du lecteur de la maison d’édition (M.E.) ou pas, et dĂ©cidera donc de l’avenir du livre. Que de responsabilitĂ©s pour ces quelques mots !

PremiĂšre phrase, premier paragraphe, premier chapitre. A la fin du premier chapitre, le lecteur doit ĂȘtre entrĂ© dans votre univers et s’y trouver suffisamment bien pour avoir envie d’aller jusqu’au bout de vos quelques centaines de pages. A charge pour vous de maintenir son attention tout du long. Ici, nous ne parlerons  que du dĂ©but.

Il existe 4 moyens infaillibles, ou 4 clés, pour obtenir le résultat souhaité.

  • đŸ—ïž Faire appel Ă  l’émotion
  • đŸ—ïž Écrire avec les 5 sens
  • đŸ—ïž Susciter l’empathie
  • đŸ—ïž Titiller la curiositĂ©

Les 4 clés en détail

đŸ—ïžN°1 : Faire appel Ă  l’émotion dĂšs les premiĂšres pages

Pour toucher votre lecteur dĂšs l’entrĂ©e en matiĂšre, il y a une façon simple d’opĂ©rer :  faire appel Ă  ses Ă©motions. E-motion
 autrement dit, mise en mouvement.

Les 6 Ă©motions “de base” reconnues par la psychologie sont :

  • 😃 La joie 😃
  • đŸ˜„ La tristesse đŸ˜„
  • 😹 La peur 😹
  • đŸ˜Č La surprise đŸ˜Č
  • 👿 La colĂšre 👿
  • đŸ€ź Le dĂ©goĂ»t  đŸ€ź

Votre lecteur a Ă©prouvĂ© chacune de ces Ă©motions Ă  un moment ou un autre de sa vie. Évoquer l’une d’entre elle avec adresse, par exemple en dĂ©crivant les Ă©motions ressenties par un personnage, est une bonne façon de susciter l’identification.

Chaque Ă©motion se manifeste par des signes physiques (rougeurs, tremblements, tics, modifications des traits du visage, postures
) qui n’appartient qu’à elle. DĂ©crire les effets physiques de l’émotion sur le personnage est particuliĂšrement efficace, beaucoup plus que de dire “untel ressentait telle Ă©motion”.

6-oeufs-Ă©motions
Les Emotions – Photo Tengyart sur Unsplash

đŸ—ïž N°2 : Écrire avec les 5 sens dĂšs les premiĂšres pages

Pour plonger votre lecteur dans votre univers d’un seul coup d’un seul,  pensez aux odeurs 👃, aux sons 👂, aux sensations tactiles đŸ€š, au goĂ»t 👅, aussi bien qu’à la vue 👅. Les parfums, bons ou mauvais, les goĂ»ts et les bruits suscitent des Ă©motions profondes. Jouez-en.

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Rien de tel pour activer les neurones miroirs du lecteur, qui dĂšs lors, sentira, entendra, goĂ»tera
 bref vivra les mĂȘmes sensations que votre personnage, et peut-ĂȘtre mĂȘme Ă©ternuera en mĂȘme temps que lui sous l’effet du courant d’air .

Le recours aux cinq sens fonctionne merveilleusement pour appeler un flashback. La mémoire olfactive est la plus persistante.

đŸ„ž C’est l’histoire de la madeleine de Proust, qui, dans la premiĂšre version du texte, Ă©tait une biscotte, soit dit en passant. L’éditeur ayant trouvĂ© le pouvoir Ă©vocateur de la biscotte pas trĂšs glamour, Proust Ă  changĂ© pour une madeleine, avec le succĂšs que l’on connaĂźt. đŸ„ž

đŸ—ïž N°3 : Susciter l’empathie dĂšs les premiĂšres pages

Placer dĂšs le dĂ©but votre personnage dans une situation difficile 🚒, dans laquelle votre lecteur s’est forcĂ©ment trouvĂ© un jour ou l’autre, il y a de fortes chances qu’il s’identifie, au moins en partie, au personnage.

L’identification empathique, c’est-Ă -dire la projection de votre lecteur dans le personnage se fera d’autant mieux si votre entrĂ©e en matiĂšre est Ă©crite Ă  la premiĂšre personne du singulier. Le lecteur adoptera le Je et le fera sien.

đŸ—ïž N°4 : Jouer sur la curiositĂ© du lecteur

DĂšs les premiĂšres pages, informez votre lecteur que vous n’ĂȘtes pas lĂ  oĂč il croit vous trouver. Votre roman a quelque chose en plus ou du moins quelque chose de diffĂ©rent, par rapport Ă  tous les romans qu’il a lu auparavant.

Bien que votre roman commence de maniĂšre Ă  permettre l’identification, votre voix est originale. Votre musique n’appartient qu’à vous. đŸŽ¶ Vous lire va lui apporter de la valeur ajoutĂ©e, le tenir en Ă©veil, alimenter sa rĂ©flexion, lui faire voir le monde sous un jour nouveau


La surprise peut venir de la forme, du point de vue, d’un Ă©vĂ©nement
 Libre Ă  vous de donner libre cours Ă  votre crĂ©ativitĂ©. Mais Ă©viter d’y recourir comme Ă  “un truc”. Votre voix doit ĂȘtre honnĂȘte et exprimer votre personnalitĂ©, toute la difficultĂ© de l’écriture consiste Ă  faire croire que le texte coule tout seul.

Ces 4 clĂ©s qu’utilisent tous les Ă©crivains, ou presque.

Faites le test. Tendez le bras vers votre bibliothùque et ouvrez n’importe quel roman à sa premiùre page. Lisez.

Lequel de ces ressorts est-il utilisé ?

Personnellement, j’ai choisi, pour Histoires Vraies, de faire appel Ă  la mĂ©moire de mon lecteur, puis de piquer, si possible, sa curiositĂ©. Pour cela j’ai rĂ©digĂ© un prĂ©ambule, qui prĂ©sente aussi d’autres avantages.

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Qu’est-ce qu’un prĂ©ambule ?

Un prĂ©ambule est une entrĂ©e en matiĂšre destinĂ©e Ă  expliciter un point prĂ©cis ou Ă  diriger le lecteur, Ă  prĂ©parer son Ă©tat d’esprit pour la suite.

C’est un texte d’encadrement qui peut se prĂ©senter sous la forme d’une mise en abyme du rĂ©cit. Par exemple une introduction prĂ©sentant le narrateur en train d’écrire ce qui va devenir le roman qu’on est en train de lire.

Le prĂ©ambule fait partie de votre dispositif narratif, il appartient de plein droit Ă  votre fiction et vous permet d’entrer dans le vif du sujet en donnant d’ores et dĂ©jĂ  Ă  votre lecteur un certain nombre de clĂ©s.

C’est “un Ă©claircissement prĂ©liminaire plus ou moins utile, qui donne un avant-goĂ»t de l’ouvrage, en marque le caractĂšre et la portĂ©e, ou rĂ©sume les Ă©vĂ©nements accomplis antĂ©rieurement au rĂ©cit.”

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Susciter la curiosité, une des clés pour donner envie de lire plus loin

Pourquoi écrire un préambule ?

Histoires Vraies dĂ©bute par un chapitre ‘prĂ©ambule’ qui n’appartient pas Ă  l’histoire proprement dite mais pose le cadre Ă  la narration, ce qui est le premier avantage.

Ce préambule [que vous pouvez lire ci-aprÚs, je vous rassure] me permet :

  • de capter l’attention du lecteur et de susciter son empathie en Ă©voquant des souvenirs familiaux susceptibles de le replonger dans sa propre enfance,

Le lecteur Ă  lui aussi une mĂšre
 Que ressent-il au moment de l’évoquer. Quels sont ses souvenirs ? A-t-il fait ses devoirs sous le regard de sa maman ? Il y a de fortes chances que ce soit le cas.

  • d’introduire la narration en opĂ©rant la premiĂšre bascule : passer d’une narration sur le mode du souvenir d’enfance, plutĂŽt rĂ©aliste, permettant l’identification, Ă  un rĂ©cit fantaisiste relevant de l’univers des contes.

C’est l’équivalent du moment oĂč le personnage pousse une porte et se retrouve projetĂ© dans un autre monde, par exemple au cinĂ©ma. Alice est entrĂ©e dans le terrier du lapin. (Je ne choisis pas cette image au hasard, Alice a son rĂŽle Ă  jouer dans mon histoire).

  • de prĂ©senter la narratrice et d’expliciter ses liens avec l’histoire qui va ĂȘtre racontĂ©e.

Le lecteur est pris par la main, il sait dorĂ©navant qui parle, c’est Gordalune, qui fait son mĂ©tier de conteuse. Il n’est donc plus gĂȘnĂ© par la narration omnisciente et accepte les conventions narratives de l’univers des contes. DĂšs lors, tout peut arriver.

  • Afin de piquer sa curiositĂ©, j’ai choisi d’utiliser une des 6 Ă©motions listĂ©es plus haut, la surprise 😼. La surprise opĂšre au moyen des noms propres. D’abord les noms d’écrivains, qui sont tous “presque des noms d’écrivains connus”.

“Tous les Gradbury, tous les Texbrayat, tous les Stan Antonio, tous les Londone, tous les Gilles Vernes, Zoula, Hougo, Baupassant, Razimov,
 Et tant d’autres ! Tous les Flip Kadick.”

  • C’est un pas de cĂŽtĂ©. Un dĂ©calage par rapport Ă  la rĂ©alitĂ© connue du lecteur. PlutĂŽt sur le mode humoristique, ce dĂ©calage donne le ton du rĂ©cit qui va suivre.

Ensuite les noms des protagonistes [Eglandune, Gordalune de Bois d’Orage], Ă©voquĂ©s Ă  la charniĂšre du chapitre, renforcent encore le dĂ©calage et ancre le texte dans l’univers du conte.

Une introduction traditionnelle

En fin de chapitre, Gordalune fait une annonce, ayant  ” rĂ©solu de vous dire mot pour mot l’histoire toute nue, toute crue. Vous pouvez prendre des notes. Nulle part ailleurs vous n’entendrez cette version, qui est pourtant la seule vĂ©ridique.”

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C’est une introduction traditionnelle. Le conteur, avant de commencer, assure son auditoire de la vĂ©racitĂ© de ses dires, mĂȘme et surtout si tout le monde sait qu’il n’en est rien.

Pour lire le prĂ©ambule d’Histoires Vraies, que vous avez Ă©coutĂ© dans le podcast, c’est ici.

J’ai ancrĂ© mon rĂ©cit dans l’univers du conte Ă  l’issue d’une introduction rĂ©aliste, prĂ©sentĂ© la narratrice et le contexte de sa narration, et essayĂ© de donner envie au lecteur d’en savoir plus au sujet des pĂ©ripĂ©ties de la longue vie aventureuse d’Eglandune.

Du moins j’espĂšre y ĂȘtre parvenue.

Rappel et résumé

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Conclusion

La semaine prochaine, comme suite logique, nous entrerons dans le vif du sujet en situant l’histoire dans le temps et l’espace et nous parlerons de quelques clĂ©s pour introduire des personnages sympathiques.

âžĄïžChapitre suivant

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Enfin, vous ĂȘtes libres de prĂ©fĂ©rer les polars. Ça tombe bien. Sur ce blog vous pouvez aussi lire “Toute la LumiĂšre”, en cliquant ici.

Merci.

A bientĂŽt.

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8 rĂ©ponses Ă  “đŸŽ§đŸ–‹ïž4 clĂ©s pour captiver votre lecteur dĂšs les premiĂšres pages”

  1. pierrefavrebocquet dit :

    Merci Sylvie pour ce condensĂ© d’efficacitĂ©. Les quatre points que tu expose sont vraiment clair et facilement utilisable.
    Une petite question tout de mĂȘme : faire ressentir des Ă©motions est un excellent stratagĂšme, tout le monde va vouloir vivre la joie du personnage, vouloir en savoir plus sur ce qui est surprenant, accompagner le protagoniste dans sa quĂȘte de justice ou de vengeance, peut ĂȘtre mĂȘme ĂȘtre avec lui dans sa tristesse et chercher ce qui lui rendra la sĂ©rĂ©nitĂ©. Mais quel peut ĂȘtre la recette pour faire accrocher le lecteur avec le dĂ©goĂ»t ?

    1. C’est exactement la mĂȘme chose. Faire ressentir au lecteur les sensations permet de le dĂ©goĂ»ter au mĂȘme titre que ton personnage, ou que ton narrateur. Mais peut-ĂȘtre est-ce ton personnage, ou ton narrateur, qui est dĂ©goĂ»tant. Il dit ou il fait des choses qui donnent envie de vomir… C’est possible. Mais dans ce cas, le lecteur se sentira supĂ©rieur, ce qui permettra la mise Ă  distance. Si tu as peur qu’il referme ton livre parce que c’est insupportable pour lui, sache que tout l’art est dans le dosage. Ce que tu racontes doit par ailleurs ĂȘtre suffisamment intĂ©ressant ou intrigant, que ce soit sur le fond ou sur la forme, pour qu’il ait envie de poursuivre quand mĂȘme. Tout le monde aime avoir accĂšs au cĂŽtĂ© obscur, surtout bien confortablement assis dans son salon. Prenons un exemple extrĂȘme, les films d’horreur qui font un carton depuis des dĂ©cennies… On pourrait croire pourtant qu’il n’est pas trĂšs agrĂ©able de se faire peur. Pour ma part, je ne suis pas trop cliente de films d’horreur, car mon imagination est assez fertile comme cela. Tu peux tomber sur un lecteur comme moi, qui entamera ton livre et le refermera aussi sec car ce sera “trop” pour lui. Trop d’angoisse, trop de peur, ou trop de dĂ©goĂ»t. Ce n’est pas grave. Cette personne ne fait pas partie de tes lecteurs. Et alors ? L’erreur serait de croire qu’on Ă©crit pour tout le monde.

  2. L’accroche… Tellement important dans l’Ă©crit ! Adaptable au monde du blog … Top Merci pour ces conseils 🙂

    1. Mais de rien. Dis-moi si tu as besoin d’autre chose…

  3. Et oui, les premiĂšres pages sont cruciales. Il m’arrive rĂ©guliĂšrement de lire 2x le premier chapitre d’un livre pour justement analyser la structure. J’ai attaquĂ© un livre hier justement (“La nuit de maritzburg” de Gilbert SinouĂ©) et les premiĂšres pages sont bien fichues : personnages en action, premiĂšre altercation et Ă©motions bouillonnantes + chute de chapitre surprenante et drĂŽle.

    1. Je ne connais pas ce livre, ni cet auteur, mais ça a l’air bien, comme tu en parles… A trouver lorsque le confinement sera terminĂ©.

  4. Super article ! on sent qu’il y a du boulot derriĂšre ! et j’aime bien la qualitĂ© du son de ton podcast.
    GĂ©niale l’anecdote de la biscotte 🙂 je ne le savais pas.
    J’imagine que ces conseils peuvent aussi ĂȘtre valables pour la rĂ©daction d’un article de blog SylVie ?
    Merci de partager toutes ces pépites avec nous !

    1. Oui bien sĂ»r Martin. Le storytelling cher aux marketeurs n’est pas tombĂ© d’un arbre… Sans les Ă©crivains de fiction, ça n’existerait pas.

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