🎧📖[roman] Toute la lumiĂšre – chapitre 1

Toute la lumiĂšre chapitre 1

L’air est opaque et dense comme du goudron. Assaillie dĂšs le rĂ©veil par de sombres pensĂ©es, c’est Ă  peine si je respire. Ce matin, je suis un goĂ©land mazoutĂ© et mes ailes engluĂ©es souillent le sol dans mon sillage. Tout mon corps me fait mal. Mes mĂąchoires sont plus serrĂ©es que si je devais fournir un effort intense, plus serrĂ©es que lorsqu’il a fallu pousser la Logan, les deux filles, Judith et moi, pour la sortir du fossĂ© quand le frein parking a lĂąchĂ© et qu’elle a dĂ©valĂ© la pente. Plus serrĂ©es que la fois oĂč j’ai rĂ©ussi Ă  me taire et Ă  Ă©viter les ennuis malgrĂ© les quatre dĂ©biles, quand ils nous ont traitĂ©es de putes, moi et Judith, et qu’ils ont demandĂ© s’ils pouvaient passer tous les quatre ensemble ou si c’était mieux chacun son tour. Judith dit qu’un jour il leur arrivera un mauvais coup et que personne les pleurera. C’est sĂ»rement vrai. Ces quatre-lĂ  sont dĂ©biles. Plus bĂȘtes que tous les autres rĂ©unis. Trop nuls pour trouver un taf et se tirer de chez leurs vieux, qui les jettent dehors Ă  coup de pied au cul chaque matin dans l’espoir toujours déçu qu’ils rentreront pas le soir. PostĂ©s Ă  l’arrĂȘt de bus par tous les temps, ils glandent Ă  longueur de journĂ©e devant le collĂšge. Curent leurs ongles avec leurs dents. Se grattent les couilles pour passer le temps. Nous, si on peut, on contourne la place par l’autre cĂŽtĂ©. Les filles qui prennent le bus ont pas le choix. À l’aller, ça va. Il suffit de descendre Ă  l’arrĂȘt prĂ©cĂ©dent et de finir Ă  pied, ça le fait. Au retour, par contre, le timing est serrĂ© entre la sonnerie et le passage du 2.2. alors on attend le dernier moment pour sortir et on fonce Ă  l’arrĂȘt dĂšs qu’on voit le 2.2. qui tourne le coin de la place. On traverse toutes ensemble – comme un vol de moineaux, dirait Madame Taupin – et on saute dans le bus, en faisant comme si on entendait pas les vannes salaces. Les quatre dĂ©biles ont toute la journĂ©e pour peaufiner leurs vacheries assis sur leurs culs, et quelques secondes Ă  peine pour balancer la vanne qui fait mouche, fruit de leur intense rĂ©flexion du jour. Un de ces quatre, je vais me les faire une bonne fois pour toutes et on sera dĂ©barrassĂ©es. Ça fait dĂ©jĂ  un moment que j’y pense. Je sais pas encore comment, mais j’y rĂ©flĂ©chis sĂ©rieusement et je suis confiante, je vais trouver. Judith dit que je suis un vrai morpion quand j’ai une idĂ©e dans le crĂąne et que je lĂąche pas facilement l’affaire. Elle doit avoir raison, elle me connaĂźt un peu, Judith, c’est ma mĂšre.

Il faut que j’écrive maintenant, sinon j’arriverai plus Ă  retrouver le fil, pour le blog, mais c’est un peu Ă©trange de consigner tout ça avec un stylo et du papier. C’est comme si j’étais une hĂ©roĂŻne du 19e siĂšcle en train de s’épancher dans son journal intime. J’ai pas le choix, Judith a confisquĂ© mon PC avant de partir et l’a planquĂ© dans sa grotte. Cause du litige : un courrier de Hadopi au sujet d’un tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal, menaçant d’une amende et d’une coupure de connexion. Engueulade, soupirs, punition
 Pas de surprise. La morale est sauve. Putain ! Je la hais ! Je hais tous les menteurs !

Quand je pense Ă  la rouste qu’elle m’a flanquĂ©e le jour oĂč le prof de maths m’a cramĂ©e en train de fouiller son cartable ! Et la honte qu’elle m’a fichue en me traitant de menteuse devant tout le quartier, la fois oĂč je lui ai dit que j’avais dormi chez Karine et qu’on a croisĂ© sa reum Ă  la superette ! Putain, si j’étais seulement capable du huitiĂšme du quart de l’aplomb avec lequel elle m’a prise pour une conne durant toutes ces annĂ©es sans que jamais je me doute de rien, je gagnerais ma vie comme politicienne !

Je me force Ă  respirer longuement et profondĂ©ment et je desserre les poings et les mĂąchoires. Je me suis rĂ©veillĂ©e Ă  deux mĂštres de l’endroit oĂč je m’étais endormie, j’ai dĂ» vivre des trucs dans mon sommeil. Je me suis levĂ©e en grimaçant. Chaque centimĂštre carrĂ© de mon corps me faisait mal. J’ai passĂ© les mains sur mon visage pour dĂ©coller la poussiĂšre de mes joues. J’avais envie de pisser. J’ai descendu l’échelle en faisant gaffe de pas me casser la figure et j’ai soulagĂ© ma vessie en me tenant Ă  la mangeoire des brebis. C’était bientĂŽt l’heure oĂč le fils Michaudel sort de sa cuisine et se dirige vers la grange pour faire le plein de maĂŻs Ă  distribuer Ă  la volaille. J’ai traversĂ© le prĂ© tout humide et je suis arrivĂ©e Ă  la maison trempĂ©e jusqu’aux genoux. D’habitude je trouve ça poĂ©tique, c’est pas la premiĂšre fois que j’y dors, dans la grange. Mais aujourd’hui rien ne va. J’ai d’autres prĂ©occupations que la poĂ©sie. Je mettrais bien le feu Ă  la baraque, s’il y avait pas MĂ©mĂšre au premier Ă©tage. J’ai besoin d’un chocolat.

La semaine avait plutĂŽt bien commencĂ©, pourtant. Lundi, Judith a annoncĂ©, sans surprise, qu’elle se tirait trois jours avec un mec. Elle fait toujours ça dĂšs le dĂ©but des vacances d’étĂ©. Elle attend que je sois Ă  la baraque H24 et elle se casse. Je te fais confiance pour t’occuper de MĂ©mĂšre, qu’est-ce que je peux te rapporter ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir, mon petit oiseau ? S’occuper de MĂ©mĂšre, c’est pas trĂšs compliquĂ©. Le plus dĂ©gueu, c’est de changer sa couche matin et soir. Un coup de gant de toilette le matin, deux biscottes, une RicorĂ© et un yaourt Ă  midi, une soupe de lĂ©gumes Ă  18 heures. La tourner sur un cĂŽtĂ© puis sur l’autre plusieurs fois par jour comme un steak qu’on rissole pour Ă©viter les escarres, ça c’est un peu chiant mais pas difficile, elle est toute lĂ©gĂšre, MĂ©mĂšre. Quelques gouttes d’eau de toilette derriĂšre les oreilles, un coup de peigne, c’est fini.

Elle a jamais Ă©tĂ© difficile Ă  vivre, MĂ©mĂšre. Maintenant qu’elle est morte, je devrais pas parler comme ça. MĂȘme si c’est encore plus vrai, forcĂ©ment. MĂȘme si sa prĂ©sence m’empĂȘche de foutre le feu Ă  la baraque.

Ça fait deux ans qu’elle est pas sortie de son plumard. On lui a installĂ© une tĂ©lĂ© dans sa chambre, pour elle toute seule, Madame, mais derniĂšrement, elle la regardait plus. De la bouillie pour les chats, qu’elle appelait ça, les Ă©missions tĂ©lĂ©. Ils nous prennent pour des andouilles. Je suis tout Ă  fait d’accord avec ça, la tĂ©lĂ© je la supporte pas. D’ailleurs personne la regarde, chez nous. Il y a un truc que j’ai jamais compris, c’est comment MĂ©mĂšre, qui depuis que je la connais, quinze ans, c’est mon Ăąge, sort jamais de chez nous et regarde pas la tĂ©lĂ©, pouvait savoir le nombre faramineux de choses qu’elle savait sur la vie et les gens. Une fois je lui ai demandĂ©.

– MĂ©mĂšre, comment ça se fait que tu connais toujours tout avant que je t’en parle ?

– Il n’y a jamais rien de nouveau sous le soleil, mon petit oiseau. Tu verras en grandissant, elle m’a rĂ©pondu.

Une autre fois elle m’a dit les gens sont les mĂȘmes partout et ils font toujours les mĂȘmes Ăąneries. Personne n’a rien inventĂ©. Mais elle se trompait, MĂ©mĂšre. Elle pouvait pas le savoir, mais moi je vais en amener, du neuf sous le soleil. DĂ©jĂ  je vais dĂ©barrasser la planĂšte des quatre dĂ©biles et ça sera une bonne action. Et puis je vais prendre Judith entre quat’zieux quand elle va rentrer, et il va falloir qu’elle s’explique. Selon ce qu’elle dira, je la brĂ»le avec la baraque ou pas. Bon, je dis ça, je sais bien que je le ferai pas, je suis pas dĂ©bile. Mais ça me fait du bien de le dire.

C’est MĂ©mĂšre qui savait tout, comme toujours. Elle a crachĂ© le morceau avant de cracher son extrait de naissance. J’aurais du me mĂ©fier, quand elle a parlĂ© de faire toute la lumiĂšre. Au lieu de ça, j’ai ouvert grand les rideaux, les fenĂȘtres, les volets malgrĂ© leur grincement sinistre. Le soleil oblique de dix heures du matin est rentrĂ© lĂ -dedans comme on rentre chez soi. MĂ©mĂšre Ă©tait contente. C’est bien, elle a dit. Elle a tapotĂ© la couverture. Viens prĂšs de moi, petit oiseau, il faut que je te parle.

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J’ai retapĂ© les oreillers et je suis montĂ©e dans son lit, comme quand j’étais petite et qu’elle me lisait une histoire. J’ai pris sa main en faisant gaffe de pas serrer trop fort pour pas Ă©crabouiller ses vieux os d’oisillon.

– Vas-y, MĂ©mĂšre, je t’écoute, j’ai dit. Et dĂ©jĂ  le camion pointait le bout de son capot. Je pouvais plus rien faire pour l’arrĂȘter, mĂȘme si j’avais su.

– C’est pas facile à dire. C’est pas à moi de le faire, mais j’en ai plus pour longtemps. Ecoute-moi bien et reste tranquille.

Chaque mot lui coĂ»tait beaucoup d’efforts et je reprenais ma respiration en mĂȘme temps qu’elle.

– Tu vas vivre cent ans, MĂ©mĂšre, j’ai rĂ©pondu, parce que c’est ce qu’on rĂ©pond toujours dans ces cas-lĂ .

– C’est fini pour moi, cette fois-ci, elle a dit. Cette nuit j’ai rĂȘvĂ© de ton grand-pĂšre.

Je tendais l’oreille. Elle disait trois quatre mots et elle reprenait son souffle. Entre deux goulĂ©es d’air, elle y allait Ă  l’économie, MĂ©mĂšre.

– Il est venu me chercher. Il y a longtemps que je l’attends, tu sais.

Elle a soufflé un peu, et repris :

– Je vais aller le retrouver de l’autre cĂŽtĂ©. C’est bien.

LĂ , elle a toussĂ© et c’était comme si sa toux dĂ©chirait mes propres poumons. Je lui ai vite fait boire un peu d’eau et j’ai tamponnĂ© son vieux front avec un kleenex imprĂ©gnĂ© d’eau de Cologne. C’est vrai qu’elle Ă©tait pas au top de sa forme. Mince et longue – comme un jour sans internet – tout le temps qu’elle Ă©tait sur ses cannes, mais complĂštement ratatinĂ©e depuis qu’elle vivait dans son lit. Sa figure ressemblait Ă  un raisin sec, ceux qui sont tout pĂąlichons, pas les bruns. Toute menue sous sa couverture, on aurait dit une espĂšce de phasme parlant, un truc sorti d’une mauvaise sĂ©rie de SF.

– J’ai une rĂ©vĂ©lation importante Ă  te faire, elle a dit. Je veux que tu me promettes de rester calme. Si ta mĂšre Ă©tait lĂ , ça serait plus facile, mais je ne crois pas que ton grand-pĂšre attende son retour.

Le camion s’approchait. La violente lumiĂšre qui entrait par les deux grandes fenĂȘtres se projetait sur le plancher en chĂȘne cirĂ© et toute la poussiĂšre de la chambre flottait mollement dans les rayons de soleil.

– Jure-moi que tu n’en voudras pas à ta mùre. Elle a voulu bien faire, tu sais.

Ça veut dire quoi, putain, elle a voulu bien faire ? Je jurais. Le camion prenait de la vitesse. Elle a dit encore :

– Vois ça comme une bonne nouvelle.

Et c’est là qu’il s’est mis à pleuvoir de la merde.

– Ta mĂšre et moi, on t’a pas dit toute la vĂ©ritĂ© Ă  propos de ton pĂšre. Pardonne-nous.

Je retenais mon souffle en mĂȘme temps que le sien se faisait la malle.

– C’était pas lui, elle a soufflĂ©.

Quoi ? Comment ça, c’était pas lui ? J’aurais pu dire ça mais aucun son pouvait sortir de ma bouche, j’étais figĂ©e dans l’attente de ce qui allait venir. Le camion Ă©tait tout proche et roulait Ă  fond les ballons, tous phares allumĂ©s. Il allait m’ exploser la gueule, gros comme une maison.

– C’était pas lui, Ă  la morgue. L’homme que ta mĂšre a identifiĂ© n’était pas ton pĂšre.

J’encaissai l’impact en plein plexus.

– Ton pùre n’est pas mort, elle dit encore en serrant trùs fort sa vieille serre de volaille autour de mon poignet.

Et elle rendit son dernier souffle, ou son Ăąme Ă  Dieu, ou elle passa l’arme Ă  gauche
 enfin bref, elle calencha sans autre forme de procĂšs. MĂ©mĂšre is dead. J’étais sidĂ©rĂ©e, submergĂ©e par la merde, incapable d’une pensĂ©e rationnelle. Le camion s’éloignait en me laissant pour morte au bord de la route.

J’ai senti du fond de mon ventre monter une vague acide de dĂ©goĂ»t, j’ai gerbĂ© sur le plancher en chĂȘne cirĂ© tout ce que j’avais bouffĂ© depuis la veille. Je me suis jetĂ©e hors de la chambre, hors de la maison, j’ai couru de toutes mes forces jusque sous le couvert des arbres, je me suis arrĂȘtĂ©e qu’en arrivant Ă  la source.

Je me suis laissĂ©e tomber Ă  genoux dans la flotte et j’ai plongĂ© la tĂȘte dedans Ă  plusieurs reprises. Il fallait que je lave toute cette merde. J’ai arrachĂ© une touffe d’herbe et j’ai commencĂ© Ă  me frotter compulsivement. Quelqu’un qui m’aurait vu Ă  ce moment lĂ  aurait pu jurer que j’étais folle Ă  lier. Je frottais. Fort. Je frottais encore. Jusqu’à la brĂ»lure, jusqu’à avoir mal.

Et puis j’ai abandonnĂ©. Je suis restĂ©e comme ça, prostrĂ©e, un long moment. Tout mon corps Ă©tait creux. Quelque chose tremblotait dans ma poitrine, comme la mĂšche d’une bougie qui va s’éteindre. Si ça a durĂ© des heures ou quelques minutes, j’en sais trop rien, le temps avait plus de prise sur moi. Je suis restĂ©e lĂ , saisie d’une immense fatigue, au milieu du frais courant, des friselis de l’eau et des pĂ©piements d’oiseaux de cette journĂ©e d’étĂ© parfaite en tous points. Je sais pas combien de temps. Un papillon est venu me voir et s’est posĂ© sur ma main. J’ai regardĂ© autour de moi. J’étais lessivĂ©e, au propre comme au figurĂ©. Je me suis aperçue que j’avais froid. Je suis sortie de l’eau et je me suis dĂ©barrassĂ©e de mes fringues dĂ©goulinantes. J’ai marchĂ© vers le premier abri qui se trouvait sur ma route, la grange du fils Michaudel. En passant prĂšs de la corde Ă  linge, j’ai attrapĂ© une nappe Ă  carreaux sĂšche qui sentait bon le savon de Marseille.

J’étais Ă  plusieurs endroits en mĂȘme temps. Il y avait une Mia qui gĂ©missait et qui pleurait Ă  l’intĂ©rieur, une Mia qui voulait foutre le feu au monde entier. Et il y avait une Mia dont le soleil rĂ©chauffait les Ă©paules et la nuque, qui respirait l’odeur du savon sur le linge propre. L’herbe sĂšche devant la grange picotait la plante de ses pieds nus. J’ai grimpĂ© l’échelle et je me suis roulĂ©e en boule dans la nappe, derriĂšre les bottes de foin. Je me suis endormie.

Merde. La boĂźte de chocolat est vide. Je repense Ă  la mort de MĂ©mĂšre et je veux toujours pas y croire. J’ai peut-ĂȘtre mal entendu. Je suis orpheline de pĂšre. Il est mort quand j’avais trois ans. Putain de merde, j’ai des photos de lui, de moi et de lui ensemble, on s’aime, c’est Ă©vident. S’il Ă©tait vivant, je le saurais. En douze ans, il aurait eu tout le temps de faire un signe, d’envoyer une lettre, une carte d’anniversaire, de passer un coup de fil, je sais pas, quelque chose !

Peut-ĂȘtre bien qu’il en aurait eu marre de Judith, ça arrive souvent aux adultes, de se sĂ©parer, mais moi j’étais sa petite fille. Il a pas pu disparaĂźtre comme ça, du jour au lendemain. S’évaporer dans la nature. M’oublier, sitĂŽt passĂ© la porte de la baraque, bye bye Judith, ciao Mia, hasta la vista baby !

Et puis merde, quand mĂȘme, Judith l’a bien reconnu. Elle l’a quand mĂȘme identifiĂ©, Ă  la morgue ! Qu’est-ce qu’elle en savait MĂ©mĂšre, elle y est allĂ©e, Ă  la morgue ?

Quelque chose klaxonne Ă  l’intĂ©rieur, qui me dit que si, j’ai bien entendu. Que MĂ©mĂšre est depuis toujours la personne la plus honnĂȘte que je connaisse. Que je l’ai vue de mes yeux retourner dans une boutique alors qu’on Ă©tait dĂ©jĂ  sur le trottoir, pour rendre 20 cents Ă  la vendeuse qui s’était trompĂ©e dans la monnaie. Je peux pas imaginer cette femme-lĂ  mentir Ă  sa petite-fille sur son lit de mort, c’est trop Ă©norme. Quelque chose de trĂšs dĂ©sagrĂ©able me hurle qu’elle a bien dit ces mots “ton pĂšre n’est pas mort”. Et puis il y a ce serment qu’elle m’a demandĂ© de faire. On rigole pas avec les serments. Pas avant de passer l’arme Ă  gauche. Putain, si c’est vrai, c’est encore plus la merde que je pensais.

La rĂ©alitĂ© moche, c’est que mon pĂšre est vivant quelque part et qu’il s’en branle complĂštement d’avoir une fille.

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La cerise, Judith et MĂ©mĂšre le savent depuis toujours.

Si MĂ©mĂšre avait pas eu d’état d’ñme au moment de calencher, je serais toujours aussi conne et sĂ»rement pour la vie entiĂšre.

Elle savait ce qu’elle faisait, en me demandant de jurer.

Mais je m’en branle, de son serment.

Je m’en bas les ovaires !

Nul et non avenu, le serment fait Ă  une menteuse.

J’ai une grosse, grosse envie de casser la gueule à Judith.

J’ai des milliards de questions Ă  poser, qui tournent en boucle sous mon crĂąne. Je risque l’implosion Ă  chaque instant. Il faut que je me calme et que je rĂ©flĂ©chisse.

Putain, Judith, t’es oĂč, bordel ?

*

Jeudi

C’est vraiment dĂ©gueu la RicorĂ©. J’ai traĂźnĂ© dans la maison avec ma tasse Ă  la main en ouvrant tous les tiroirs, mĂȘme si je sais trĂšs bien ce qu’ils contiennent. Et puis je me suis rendue compte que le seul endroit que j’avais pas encore visitĂ© de fond en comble, c’était la chambre de MĂ©mĂšre. Celle de Judith, je la connais par cƓur. Je l’ai fouillĂ©e tellement de fois !

La premiĂšre fois, j’avais huit ans, je cherchais mon cadeau d’anniversaire parce que je savais que Judith Ă©tait allĂ©e l’acheter Ă  l’avance, j’avais surpris une conversation dans la cuisine. J’avais attendu d’ĂȘtre seule avec MĂ©mĂšre et j’avais montĂ© l’escalier sur la pointe des pieds en enjambant la cinquiĂšme marche, celle qui craque. J’avais pas eu trop de mal Ă  trouver mon cadeau, dans la fameuse coiffeuse en loupe de noyer, sous le grand miroir. Un coffret de quatre livres de contes illustrĂ©s, aux couvertures bleue, verte, orange, grise, pas encore enveloppĂ© de papier-cadeau.

Je l’ai feuilletĂ© longuement et remis en place, et j’ai feint la surprise – et la joie, je voulais une guitare ! – quand MĂ©mĂšre et Judith sont sorties en chantant de la cuisine en portant, MĂ©mĂšre un gĂąteau avec huit bougies, Judith un paquet-cadeau rectangulaire dont je connaissais le contenu mieux qu’elle.

Maintenant qu’elle a transformĂ© le garage pour y faire sa grotte, c’est plutĂŽt lĂ  qu’elle planquerait des trucs, mais elle le ferme Ă  clĂ© dĂšs qu’elle en sort, son putain de garage. Elle se balade avec la clĂ© autour du cou, c’est bien la preuve qu’elle a quelque chose Ă  cacher.

Dans sa chambre, le plus intĂ©ressant se trouve dans la table de nuit. Hormis une plaquette de Doliprane entamĂ©e, une petite cuillĂšre, un stylo et une boĂźte en cloisonnĂ© contenant quelques bijoux hĂ©ritĂ©s sĂ»rement d’une longue lignĂ©e de bonnes femmes au mauvais goĂ»t exquis, tous plus moches les uns que les autres, il y a lĂ  de vieilles photos de famille en noir et blanc ou plutĂŽt en jaune et gris, une invitation Ă  un mariage, Bruno et Sonia, un bout de ruban mauve avec un petit nƓud-noeud rassemblant cinq violettes en tissu Ă  la couleur fanĂ©e, et une carte postale signĂ©e Jacques envoyĂ©e de Rio de Janeiro. Le meilleur pour la fin, un morceau de papier pelure bleuĂątre soigneusement pliĂ© en carrĂ© autour d’une mĂšche de cheveux qui ont dĂ» ĂȘtre blonds un jour. Plus romantique, tu meurs. Un amour de jeunesse ? Mon pĂšre Ă©tait brun, Ă  moins que les photos soient bidons aussi, aprĂšs tout, c’est possible. Mon pĂšre, Ă©tait black.

Je suis sur le palier, devant la chambre de MĂ©mĂšre, je redoute d’y entrer de nouveau. C’est comment, un mort de la veille ? Oh et puis merde, ça peut pas ĂȘtre pire. J’inspire un grand coup et j’entre. C’est comme hier sauf que ça pue la gerbe. Les fenĂȘtres sont toujours grandes ouvertes, le soleil illumine la piĂšce, ses rayons d’aprĂšs-midi remontent en direction du lit oĂč MĂ©mĂšre est toujours morte.

Je tire le drap le plus haut possible et je recouvre la tĂȘte de MĂ©mĂšre sans la regarder. J’entame une fouille mĂ©ticuleuse, en commençant par la table de nuit. A part la mĂšche de cheveux, on dirait la table de nuit de Judith, Ă  quelque chose prĂšs. Microlax au lieu de Doliprane. Sinon, R.A.S. Je continue par la commode. Je sors les tiroirs un par un, je les vide et je les retourne pour examiner minutieusement le fond, des fois qu’il y aurait un mĂ©canisme Ă  secret. Ça m’étonnerait, c’est pas du grand style, cette commode, mais je veux rien laisser passer, on s’est assez foutu de moi dans cette famille. Y a que des foulards et des mouchoirs, lĂ -dedans. Impressionnante, la collec ! Qu’est-ce qu’on peut bien faire avec tous ces foulards ? Je balance tout par terre. Reste le gros morceau, l’armoire Ă  glaces. Du solide. ChĂȘne foncĂ©, trois portes sculptĂ©es dans l’angle d’une rosace de vingt-cinq centimĂštres de diamĂštre, miroir biseautĂ© piquetĂ© ici et lĂ . J’ouvre. Alignement de cintres. Robes, manteaux, chemisiers qui pendouillent. Chaussures. Propres. Rutilantes. J’ai toujours vu MĂ©mĂšre avec des chaussons aux pieds, rarement avec des mocassins. MĂ©mĂšre avec des hauts talons en vernis noir, c’est une nouveautĂ©. J’arrive pas Ă  imaginer.

C’est ma taille, 37. MĂ©mĂšre, c’était comme une longue flĂ»te Ă  bec dotĂ©e de petits pieds mignons. Il semblerait que je prenne le mĂȘme chemin. À quinze ans, je mesure 1,76 m et je chausse du 37. Taille 36. Cheveux longs. ChĂątains clair. Peau mate de mĂ©tisse. Yeux verts ou bleus en fonction de la mĂ©tĂ©o. C’est moi, Mia. Tant que j’y suis je jette un Ɠil aux robes, dont j’ai jamais vu la plupart. Ça sent un peu la naphtaline, mais certaines sont pas vilaines. Il doit y avoir au moins trente ans que c’est lĂ -dedans. Je les sors une par une, je les prĂ©sente devant le miroir. Je mets de cĂŽtĂ© celles qui me plaisent. C’est mon hĂ©ritage. Sacs Ă  main en cuir racorni assortis aux chaussures. Dans l’un d’eux je trouve un miroir de poche et des petits cailloux. C’est pas vrai ! Alors c’est de lĂ  que ça vient ? A moins que Judith ait utilisĂ© ce sac ?

Partout oĂč va Judith pour la premiĂšre fois, elle ramasse un petit caillou. Un caillou quelconque, pas besoin qu’il soit beau. Il y en a des kilos dans la maison, des petits cailloux de Judith, un peu dans tous les coins. De quoi construire une muraille de Chine Ă  la taille du dĂ©partement. En plus, elle se trompe jamais. Pendant des mois, j’ai tentĂ© de la coincer. Je prenais un caillou sur une Ă©tagĂšre et je demandais et celui-lĂ , il vient d’oĂč ? et Ă  chaque fois, elle avait la rĂ©ponse. J’ai voulu l’embrouiller, j’ai changĂ© les cailloux de place. MĂȘme mĂ©langĂ©s elle les reconnaĂźt. Elle dit que ce sont pas des cailloux mais des moments, que ça l’aide Ă  se souvenir. Quand je lui demande se souvenir de quoi, elle rĂ©pond toujours de moi. Parfois elle ajoute, en souriant, tu comprendras un jour. J’ai horreur quand elle dit ça. Si je rĂ©ponds que j’en ai marre de devoir attendre pour comprendre, elle rigole et ça se finit invariablement par un truc du genre ne sois pas trop pressĂ©e de grandir, mon petit oiseau, on ne sait pas ce qui nous attend, mais ça n’est jamais ce qu’on croit. Ils sont balĂšzes pour les lieux communs, les adultes. Avec ça, je suis bien avancĂ©e.

A part les chaussures et deux robes de soirĂ©e – ça alors! – rien Ă  signaler dans l’armoire de MĂ©mĂšre. Sur l’étagĂšre du haut, des draps, des taies d’oreiller, des couvertures, des coussins. Autant dire, rien.

C’est ça, qui reste, quand on clabote ? C’est ça la vie d’une femme ?

Je grimpe sur le fauteuil matelassĂ© pour mater le dessus de l’armoire. Bingo ! J’ai trouvĂ© le pot aux roses ! Quatre boĂźtes Ă  chaussures. Sur la premiĂšre boĂźte, il est Ă©crit :”Judith”. Sur la deuxiĂšme : “Mia”. Sur la troisiĂšme,”Lili”. Lili, ça doit ĂȘtre MĂ©mĂšre. Son prĂ©nom, c’est Emilienne. Emilienne, Lili, ça se tient. C’est joli, Lili. FĂ©minin, fleuri, plein de fraĂźcheur et de jeunesse. Moi je l’ai toujours appelĂ©e MĂ©mĂšre. Quand est-ce que Lili est devenue MĂ©mĂšre ? Sur la quatriĂšme boĂźte, bingo again ! “AndrĂ©â€. C’est mon pĂšre, AndrĂ©. Je descends les boĂźtes une Ă  une. Par oĂč commencer ? Je les emporte dans la cuisine et je les aligne sur la table. Je tremble un peu, je suis toute excitĂ©e. En mĂȘme temps, j’ose pas. J’ai trop peur. Qu’est-ce que je vais trouver lĂ -dedans ? Ça me rappelle un truc de la mythologie, la boite de Pandore. Un truc bien pourri, si je me trompe pas.

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Je cherche quelque chose Ă  bouffer. Le frigo est presque vide. J’aime pas la salade de riz. Dans le buffet, y a que des conserves et les rĂ©serves de sucre de Judith, des fois qu’il y ait la guerre, on sait jamais. J’ouvre un pot de confiture, myrtille, ma prĂ©fĂ©rĂ©e, et je la mange Ă  la petite cuillĂšre, lentement, en tournant le dos Ă  la table de la cuisine. C’est bon, mais un peu Ă©cƓurant quand mĂȘme. Les boĂźtes crient trĂšs fort dans mon dos, je peux les entendre. Les sentir respirer.

Je rince la cuillĂšre et le pot de confiture vide. Je rote. Je sors la poubelle, je la vide dans le bac gris et je la rince. Ça me prend bien cinq minutes. Les boĂźtes-ambulances ont allumĂ© leurs gyrophares et clignotent de plus belle. Je tourne autour comme si je m’apercevais de rien, sans me rĂ©soudre Ă  les ouvrir, effrayĂ©e Ă  l’avance par leur contenu. Est-ce que tout le monde est comme moi, est-ce que tout le monde peut se voir agir de dessus quand quelque chose cloche ? Je me regarde de haut, Mia dans la cuisine, en train de diffĂ©rer la seule chose intelligente Ă  faire maintenant. Idiote ! Ouvre les boĂźtes ! Si MĂ©mĂšre pouvait me voir, elle dirait quoi ? Elle est lĂ -haut, juste au-dessus de ma tĂȘte. Il faudrait appeler les pompes funĂšbres. Je monte dans ma chambre sous prĂ©texte de prendre mes lunettes. Je fais semblant d’avoir oubliĂ© les boĂźtes, mais je pense qu’à elles. Qu’est-ce que je vais trouver Ă  l’intĂ©rieur ? Je vais commencer par la boĂźte marquĂ©e Mia, le contenu va pas trop me surprendre. On met des dessins d’enfants et des colliers de nouilles, dans ce genre de boĂźte, non ? À la rigueur un bracelet de maternitĂ©. Une dent de lait. Enfin, j’imagine. Et puis j’ouvrirai celle de MĂ©mĂšre, celle de Judith, je garderai AndrĂ© pour la fin.

Dans ma chambre, super bien rangĂ©e par myself, je m’assois un moment sur le lit. Ma tĂȘte est vide et pleine en mĂȘme temps. Pleine de confusion. De questions qui tournent en boucle. Vide de rĂ©solution. Sur une impulsion, je vire d’un geste rageur les poupĂ©es et les figurines qui trĂŽnent sur le dessus de la commode. Ça fait du bruit en tombant, mais rien d’irrĂ©mĂ©diable, ça casse pas comme ça, c’est du plastique. Je continue sur ma lancĂ©e, j’ouvre les tiroirs, je les retourne et je piĂ©tine le contenu. J’ai envie de dĂ©truire tout ce qui me tombe sous la main. J’hĂ©site Ă  peine devant la bibliothĂšque. Je balance rageusement les livres par la fenĂȘtre. Est-ce que je vire aussi le cadeau de Madame Taupin ? Depuis qu’elle sait que j’écris, elle est devenue gentille avec moi, Madame Taupin. Elle m’a offert une anthologie des poĂštes du XVIIe siĂšcle, c’est plutĂŽt son goĂ»t que le mien, mais c’est l’intention qui compte. Allez hop, les poĂštes ! De toute façon, Ă  l’ñge qu’ils ont, ceux-lĂ , rien peut les Ă©tonner, ils ont du en voir d’autres.

C’est bien. Ça prend tournure. Ça respire. Je mets Ă  nu le papier peint jaunasse que j’avais presque rĂ©ussi Ă  masquer complĂštement. Je fais ça mĂ©thodiquement en commençant par arracher sur la porte le poster d’American Beauty et je continue par les murs. J’ai passĂ© des mois Ă  fignoler ce collage en piquant des pages de magazine Ă  la librairie de Carrefour et en rĂ©cupĂ©rant des affiches. Mes prĂ©fĂ©rĂ©es sont les photos d’écrivains, mais j’ai Ă  peine une demi-seconde d’hĂ©sitation avant de lacĂ©rer sauvagement la gueule d’Eric-Emmanuel Schmitt qui dĂ©dicacera son dernier opus samedi Ă  15 heures. Un Ă©crivain c’est un menteur qui sait mentir si bien qu’on peut croire Ă  ses histoires mĂȘme en sachant qu’elles sont inventĂ©es de toutes piĂšces. Je me nique un ongle en enlevant une punaise. Je serre les dents et je viens Ă  bout des cartes postales. Judith envoie une carte postale Ă  chaque fois qu’elle barre trois jours avec un nouveau mec pour se faire sauter hors de ma vue. Des nunucheries du genre mon petit oiseau, je pense Ă  toi, je rentre bientĂŽt, je te raconterai tout signĂ© Judith mais bien sĂ»r elle raconte jamais rien, qu’est-ce qu’elle pourrait bien dire ? Faire le compte-rendu de ses parties de jambes en l’air ? Souvent elle rentre avant que la carte postale arrive dans la boĂźte-Ă -lettres. À sa mine quand elle s’affale sur une chaise pour enlever ses santiags, je sais dans la seconde si le mec assure ou pas, si la virĂ©e a Ă©tĂ© gĂ©niale ou merdique. À son crĂ©dit, aucun lascar est jamais venu poser son cul dans cette cuisine. Elle donne ses rendez-vous devant le portillon du jardin. Cette baraque est un putain de sanctuaire, rĂ©servĂ© aux meufs.

Je termine le saccage en rĂšgle de ma chambre. Je patauge dans un marĂ©cage de papier dĂ©chirĂ©. Il reste le bureau. Tous mes effets scolaires de l’annĂ©e passĂ©e. Allez zou les cahiers, les classeurs, tout le bastringue. La lampe globe terrestre, le sous-main Petite SirĂšne. La corbeille Ă  papier Coca. J’envoie tout ça rejoindre les bouquins dans la cour. Solution finale aussi pour le couvre-lit en peluche, que je bazarde sans remords. Rose, le couvre-lit, tout comme la commode et le bureau. Ma chambre est la seule piĂšce un peu moderne, mais quand mĂȘme c’est celle d’une gamine. Le reste de la baraque est meublĂ©e par des vieilleries hĂ©ritĂ©es du prĂ©cĂ©dent propriĂ©taire, un vieux monsieur sans ressources et sans descendance mais avec beaucoup de souvenirs. Il a vendu sa chĂšre maison de famille en viager et s’est poliment dĂ©pĂȘchĂ© de quitter cette vallĂ©e de larmes pour rejoindre ses chers disparus. C’est MĂ©mĂšre qui a rĂ©ussi le coup du viager. Peut-ĂȘtre qu’elle s’appelait encore Lili, Ă  l’époque. Depuis on est les chĂątelaines de la grande baraque. Huit piĂšces d’habitation, un grenier, un cellier, deux cheminĂ©es monumentales transformĂ©es en penderies, pierres de taille, chaudiĂšre Ă  mazout. C’était en 84. Moi je suis nĂ©e en 2000. C’est pratique, comme date, hautement symbolique. Les bons jours, je suis une enfant 2.0. Et quand ça va mal, comme aujourd’hui, je suis un triple zĂ©ro.

Quelle efficacitĂ© ! D’une chambre de gosse, je viens de faire une cellule monacale en moins d’une demi-heure. C’est moche Ă  pleurer. Une chiĂ©e de petits cƓurs, des flĂ©-flĂšches, des fleu-fleurs, se baladent sur les murs, dessinĂ©s au feutre pour faire les liaisons entre les images qui sont plus lĂ . J’attrape un Posca noir 3 cm et j’entreprends de les recouvrir tous, un par un. Quand j’ai terminĂ©, je m’assois sur le lit et je regarde mon Ɠuvre. Ma chambre est cloutĂ©e de taches noires, on dirait une maladie de peau. Je me roule en boule et je sombre aussi sec dans le sommeil. Je me rĂ©veille au bout d’une heure avec la gueule en vrac, la bouche sĂšche et pĂąteuse comme si j’avais pris une cuite. Pas de regrets. Les boĂźtes me sautent Ă  la figure. Je les avais presque oubliĂ©es. J’ai soif. J’ai faim. Je voudrais du salĂ©.

*

Toi qui me lis, n’hĂ©sites pas Ă  me laisser un commentaire. Ici, sur ce blog. Je publierai le chapitre II lundi prochain, le chapitre III le lundi d’aprĂšs
 jusqu’à la fin. Enfin, si j’arrive au bout, je me suis lancĂ©e sans filet dans un exercice difficile. J’ai bien besoin de tes encouragements.

âžĄïž Toute la lumiĂšre chapitre 2

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4 rĂ©ponses Ă  “🎧📖[roman] Toute la lumiĂšre – chapitre 1”

  1. Parents en Equilibre dit :

    Voilà un début prometteur, vivement la suite

    1. Merci. Je suis en train de l’Ă©crire. Publication lundi prochain.

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