Le rythme du récit : la phrase [+exemples & exercice]

Tout le problème de l’écrivain peut se résumer en une seule question : Que se passe-t-il dans la tête du lecteur lorsqu’il me lit (et comment l’emmener où je veux qu’il aille) ?

En réalité, il ne s’agit pas à proprement parler de la tête du lecteur, mais de ses poumons et de son cerveau, étroitement connectés. Je m’explique.

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Que se passe-t-il pendant la lecture ?

Comment ça marche, cette affaire ? Durant la lecture, notre inconscient va chercher des images, des sensations et des émotions connues de nous dans notre propre base de données afin “d’illustrer” ce que nous lisons, ce qui nous permet de le faire nôtre.

(Certains textes ne fonctionnent pas sur nous s’ils sont trop éloignés de notre base de données. Nous les percevons alors comme abstrus, froids ou ennuyeux.)

En dirigeant correctement les associations d’idées, un bon écrivain nous fait ainsi passer par toute la gamme des émotions.

Il évoque des images pour titiller notre inconscient “visuel” (l’inconscient se construit en images) et suscite des souvenirs. Nous revivons, durant la lecture, les émotions passées réactualisées par le filtre du récit.

Mais pas que.

Le procédé utilisé n’est pas toujours aussi évident. Diriger le mouvement de la pensée du lecteur, ça se passe aussi au niveau du souffle.

La respiration est une clé. La respiration de votre texte, c’est le rythme.

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Pourquoi le rythme est-il si important ?

Toutes les émotions ressenties se traduisent par une modification de notre respiration, absolument toutes. Vous le savez déjà.

Mais ce que vous ignorez peut-être, c’est que l’inverse est vrai aussi.

Selon une étude (2016) menée par une équipe de chercheurs de la Northwestern University, à Chicago, sur une cohorte de patients épileptiques dans le but de déterminer quels étaient les facteurs déclencheurs d’une crise : “ la respiration déclenche une activité cérébrale dans la zone du cerveau qui gère les émotions, la mémoire et les odeurs.”

De même, “Respirer vite par le nez impacte davantage le cerveau”.

Ce que la science occidentale feint de découvrir au 21e siècle est un fait bien connu par tous les adeptes du Yoga de la planète, en particulier ceux et celles qui s’adonnent au Kundalini yoga et pratiquent la respiration du feu.

➡️Une grande joie ? Vos poumons se gonflent d’aise.

➡️Une frayeur ou une surprise ? Votre souffle se suspend de lui-même.

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Et alors, me direz-vous ?

Et alors dès que nous sommes en groupe, nous harmonisons nos respirations et nous nous mettons au diapason les uns des autres. Pas seulement notre respiration, d’ailleurs, mais tous nos rythmes biologiques.

C’est comme ça. La règle, c’est l’harmonie. Tout le vivant tend vers l’harmonie, qu’on se le dise (et qu’on se le répète car ce n’est pas toujours évident au premier abord).

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Et alors ?

Et alors, ça fonctionne aussi pour le duo récit/lecteur.

Si vous accélérez la respiration du lecteur, il ressentira de l’inquiétude ou de la peur. Si vous la ralentissez, si vous la suspendez, si vous l’amplifiez, il éprouvera les émotions associées.

➡️Alors comment diriger la respiration, comment s’y prendre pour que le souffle du récit, autrement dit le rythme, modifie le souffle du lecteur, autrement dit ses émotions ?

C’est le boulot de la phrase

Et de l’articulation des phrases entre elles dans vos paragraphes.

Votre façon de découper vos phrases va jouer sur la perception du lecteur.

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La théorie, c’est ça :

  • ➡️Les phrases courtes accélèrent le récit (et la respiration du lecteur).
  • ➡️Très courtes, elles instillent un sentiment d’urgence, voire de danger (ou, plus rare, d’apathie/désintérêt, en fonction du contexte).
  • ➡️Dans une phrase longue, des virgules bien placées pour la tronçonner en petites sections rapides peuvent aussi jouer ce rôle (la ponctuation est la respiration de la phrase, si votre ponctuation est défaillante, le souffle est bancal et donc s’asphyxie).
  • ➡️En général, pourtant, les phrases longues ralentissent le récit. Elles sont souvent utilisées pour décrire.
  • ➡️Dans l’alternance court/long, les phrases “moyennes” servent de transition.
  • ➡️Une phrase longue suivie par une phrase brève : Le focus est sur la phrase brève. Il se passe un truc.
  • ➡️Une phrase brève suivie par une phrase longue : Il s’est passé un truc mais tout est en train de revenir à la normale, ou du moins il y a un début d’explication.

Voulez-vous un exemple ou deux ?

Puisqu’il est question de souffle, parlons de natation.

Les Histoires vraies

Dans les Histoires vraies, il y a un passage ou Tortillon doit se jeter dans la rivière pour éviter de fracasser son embarcation sur les rochers.

C’est écrit à la troisième personne d’un point de vue omniscient, mais je voudrais que le lecteur embarque avec mon personnage et que sa respiration s’accélère et se saccade. Vous me direz ce que vous en pensez.

Voici ce que ça donne (je commence par moi parce que j’ai beaucoup mieux à vous proposer ensuite et comme ça vous aurez bientôt oublié ma pauvre prose. Soyez indulgents, c’est un premier jet d’un premier roman) :

“Cependant que la barque continue sa course, les berges se rapprochent, le courant se resserre. Le frêle esquif accélère. Horreur, des blocs de pierre rouge encombrent le courant. Tortillon emporté comme un ludion fonce droit sur un écueil. Son embarcation va se fracasser. Alors il saute dans l’eau avant que ça n’arrive, en lutte contre la rivière qui caracole à gros bouillons dans les rapides ; elle est plus forte que lui. Il bat des bras, des jambes, boit une tasse. Les petits cailloux rouges dont il a rempli ses poches pèsent des tonnes et l’entraînent au fond de l’eau. Ses poumons commencent à brûler. Il n’a plus beaucoup d’air. A tâtons il vide ses poches, donne un coup de talon, remonte, émerge à la surface, aspire l’air de toutes ses forces.”

Les Histoires vraies du Bougeluche, Vie Quatresixquatre.
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Un autre exemple : “Les ragazzi” de Pasolini

Cette fois-ci, le focus n’est pas dans l’eau mais sur la berge et même, assez loin de l’action qui se déroule en contrebas.

Dans son roman “Les Ragazzi”, Pasolini décrit la noyade d’un jeune garçon, par le regard du Frisé, qui est le personnage principal du récit et qui suit l’événement de loin.

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Le Frisé ne comprend pas tout de suite de quoi il est question. C’est tragique, parce que s’il avait compris plus tôt, il aurait peut-être pu intervenir efficacement.

Pasolini nous montre le mouvement du fleuve et la force inexorable qui entraîne le petit Gégène. Un flux ample et puissant qui ne s’arrête jamais. Gégène qui barbote vite, vite, et plus près, les petits frères et le chien qui courent de toutes leurs petites jambes. Des mouvements désordonnés et rapides, pas le temps de souffler. Enfin, le Frisé lui-même se jette dans le mouvement mais s’aperçoit que c’est inutile. De loin, il assiste à la noyade.

Voyez où sont placées les respirations, observez bien le rythme que Pasolini donne à ses phrases.

(Gégène, l’aîné de trois enfants, a finalement traversé la rivière à la nage après avoir longuement hésité, pour imiter un “grand”, le Frisé, qui l’avait mis en boite sur un tout autre sujet et prouver ainsi sa valeur. Le retour est plus difficile à cause du courant contraire. Après quelques hésitations, il se lance pourtant pour tenter de rejoindre ses petits frères qui l’attendent sur la berge opposée.)

(…)Mais Gégène ne parvenait pas à franchir cette bande qui filait pleine d’écume, de sciure, d’huile brûlée : un courant dans le courant de la rivière. Il restait là et au lieu d’avancer, il était de plus en plus projeté sur le pont. Bourg Antique, Mariuccio et le chien dévalèrent la bosse du plongeoir et se mirent à courir vite, à quatre pattes quand les deux ne suffisaient pas, tombant et se relevant dans la vase noirâtre pour suivre Gégène que le courant déportait de plus en plus rapidement vers le pont. Ainsi (…), le Frisé les vit passer tous trois à ses pieds, les deux petits qui dégringolaient en criant de frayeur à travers les broussailles et Gégène au milieu de la rivière qui ne cessait de barboter en remuant ses petits bras tant qu’il pouvait, vite, vite, sans avancer d’un centimètre. (…) Mais il ne tarda pas à saisir et il s’élança au pas de course le long de la descente en glissant même pour aller plus vite. Il n’y avait plus rien à faire, il s’en aperçut tout de suite. Se jeter sous le pont : autant dire se suicider ; personne n’y serait parvenu. Il s’arrêta, pâle comme un mort. Gégène ne résistait plus à présent, le pauvre gosse, il battait spasmodiquement des bras, sans appeler au secours pourtant. Par intervalles, il enfonçait pour réapparaître un peu plus loin ; finalement, tout près du pont, là où le courant se brisait et écumait sur les rochers, il enfonça pour la dernière fois, sans un cri. Un moment après on vit encore sa petite tête noire affleurer légèrement.

Extrait de “Raggazzi di vita” de Pier Paolo Pasolini

Analyse de l’extrait

Notez l’alternance des phrases dans l’extrait ci-dessus.

Phrases longues tronçonnées par des virgules pour le fleuve qui coule et Gégène qui se débat, phrases d‘une seule traite ou presque pour les enfants qui courent et le Frisé qui dévale la pente, phrase hachée pour la prise de conscience instantanée du Frisé.

Notez aussi la position du mot “pourtant”.

Gégène ne résistait plus à présent, le pauvre gosse, il battait spasmodiquement des bras, sans appeler au secours pourtant.

Le mot pourtant, vous le lirez souvent en début de phrase et parfois suivi d’une virgule. Il marque une rupture.

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Mais il n’y a pas de rupture dans la noyade de Gégène. L’issue est certaine.

Ecrire “Pourtant, Gégène ne résistait plus à présent, le pauvre gosse, il battait spasmodiquement des bras sans appeler au secours” aurait suspendu un instant le cours de la narration.

Et le cours de la rivière.

Ce “pourtant” en fin de phrase ne marque pas une rupture mais souligne l’injustice et l’inéluctabilité du processus.

Il émerge de la phrase un instant avant de sombrer. Du grand art.

Exercice

Pour bien s’imprégner du rythme, pas besoin cependant de provoquer la noyade de vos héros. Travaillez à partir de ce que vous avez sous la main, votre bibliothèque chérie.

A partir de l’incipit du prologue de Un homme inquiet de Henning Mankell, je vous propose de retrouver la ponctuation d’origine ou à tout le moins de placer la vôtre. Pour cela, lisez le texte à haute voix. Il va s’agir de faire des choix, car il y a toujours plusieurs possibilités.

Attention, la ponctuation de ce passage ne se résume pas aux points et aux virgules. Pour vous aider, consulter mon article sur la ponctuation ici. Rédigez vos propositions en commentaire de l’article.

Voici le texte :

L’histoire débute par un grand accès de rage un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement juste avant cet éclat provoqué par un rapport remis la veille au soir et que le Premier ministre lisait à présent dans son bureau c’était le début du printemps 1983 à Stockholm une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner à Rosenbad siège de l’exécutif on parlait souvent de la pluie et du beau temps comme sur n’importe quel lieu de travail et pour s’informer des prévisions on consultait Ake Leander celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien et de l’avis général c’était un as de la météo quelques années plus tôt il s’était vu octroyer un titre plus ronflant peut-être agent d’accueil et d’information ou autre chose dans le même esprit pour sa part il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir ni besoin d’une nouvelle étiquette

Un dernier truc avant de vous quitter

Utilisez votre propre respiration pour vous aider à écrire. Admettons que vous ayez une idée, mais qu’elle ne soit pas encore très nette. Vous tournez autour de votre personnage mais il n’a pas acquis tout son caractère. Du coup l’écriture ne coule pas de source et pour tout dire, vous êtes vous-même confus(e). Ne vous noyez pas.

  • ➡️Vous pouvez, pour y remédier, observer votre respiration pendant que vous vous coltinez avec votre texte, vous y trouverez des indications précieuses sur ce que vous voulez y mettre (des informations que votre inconscient vous envoie).
  • ➡️Vous pouvez aussi reculer contre votre dossier, respirer trois fois profondément, revenir à votre récit. Vous changerez la donne car vous aurez repris de la distance.

C’est tout pour aujourd’hui.

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La prochaine fois nous parlerons du champ sémantique et du choix des mots.

Si d’ici là vous avez à cœur d’améliorer le rythme de vos phrases, je vous conseille de lire de la poésie. Rien de tel pour s’imprégner du souffle.

Pour améliorer votre écriture, rejoignez l’Atelier de Fiction, atelier d’écriture créative en ligne.

C’est un groupe Facebook de passionnés dans lequel est publié chaque jour un nouvel exercice.

a tout a l’HEURE DE L’AUTRE Côté
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17 réponses à “Le rythme du récit : la phrase [+exemples & exercice]”

  1. Voici ma suggestion de ponctuation sur le texte d’Henning Mankel – auteur que je n’apprécie guère ; que mon mari raffole. 🙂
    Et moi, ce dont je raffole, c’est justement jouer avec la ponctuation ! (Dans ma proposition, j’ai hésité à mettre un tiret après “gouvernement” et deux points après “Stockholm”.)

    L’histoire débute par un grand accès de rage.
    Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement ; juste avant cet éclat, provoqué par un rapport remis la veille au soir et que le Premier ministre lisait à présent dans son bureau.
    C’était le début du printemps 1983, à Stockholm. Une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner. À Rosenbad, siège de l’exécutif, on parlait souvent de la pluie et du beau temps – comme sur n’importe quel lieu de travail – et pour s’informer des prévisions, on consultait Ake Leander. Celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien et, de l’avis général, c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt, il s’était vu octroyer un titre plus ronflant. Peut-être “agent d’accueil et d’information” … ou autre chose dans le même esprit. Pour sa part, il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir ni besoin d’une nouvelle étiquette.

    1. Merci pour votre participation Nathy. La version de Mankell est dans les commentaires ci-dessous. Il a choisi de ponctuer avec un point-virgule et non pas un deux-points.

  2. Françoisev dit :

    TEXTE 3
    L’histoire débute par un grand accès de rage. Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement. Juste avant cet éclat provoqué par un rapport remis la veille au soir, et que le Premier ministre lisait, à présent, dans son bureau. C’était le début du printemps – 1983 à Stockholm. Une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner à Rosenbad, siège de l’exécutif. On parlait souvent de la pluie et du beau temps (comme sur n’importe quel lieu de travail) et pour s’informer des prévisions, on consultait Ake Leander. Celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien, et de l’avis général c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt il s’était vu octroyer un titre plus ronflant. Peut-être agent d’accueil et d’information ou autre chose dans le même esprit. Pour sa part il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir – ni besoin – d’une nouvelle étiquette.

    Bonne lecture !

  3. Françoisev dit :

    TEXTE 3
    L’histoire débute par un grand accès de rage. Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement. Juste avant cet éclat provoqué par un rapport remis la veille au soir, et que le Premier ministre lisait, à présent, dans son bureau. C’était le début du printemps – 1983 à Stockholm. Une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner à Rosenbad, siège de l’exécutif. On parlait souvent de la pluie et du beau temps (comme sur n’importe quel lieu de travail) et pour s’informer des prévisions, on consultait Ake Leander. Celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien, et de l’avis général c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt il s’était vu octroyer un titre plus ronflant. Peut-être agent d’accueil et d’information ou autre chose dans le même esprit. Pour sa part il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir – ni besoin – d’une nouvelle étiquette.

    1. Eh oui il y a encore une autre possibilité. Je suis sûre qu’en cherchant un peu on pourrait trouver d’autres variantes. D’où la nécessité de savoir ce que l’on veut mettre en avant.

      1. Françoisev dit :

        Merci pour vos commentaires, et la version originale !

  4. Françoisev dit :

    TEXTE 2
    L’histoire débute. Par un grand accès. De rage, un grand silence matinal régnait. Dans l’immeuble du gouvernement, juste avant cet éclat, provoqué par un rapport remis la veille au soir. Et que le Premier ministre lisait à présent. Dans son bureau, c’était le début du printemps. 1983. À Stockholm. Une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner. À Rosenbad, siège de l’exécutif, on parlait souvent de la pluie et du beau temps. Comme sur n’importe quel lieu de travail. Et pour s’informer des prévisions, on consultait Ake Leander. Celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien et – de l’avis général – c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt, il s’était vu octroyer un titre plus ronflant (peut-être agent d’accueil et d’information, ou autre chose dans le même esprit). Pour sa part, il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir (ni besoin) d’une nouvelle étiquette.

    1. Lecture heurtée pour celui-ci. On s’attendrait à un texte dit par un comédien. Définitivement pas romanesque à moins de vouloir insister dès le début sur une particularité du narrateur, hacher ses phrases.

  5. Françoisev dit :

    Bonjour,
    Voici trois variations ‘ponctuelles’ sur “L’histoire débute par un grand accès de rage”. Bonne lecture !

    TEXTE 1
    L’histoire débute par un grand accès de rage. Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement, juste avant cet éclat provoqué par un rapport remis la veille au soir et que le Premier ministre lisait à présent dans son bureau. C’était le début du printemps 1983 à Stockholm. Une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner. À Rosenbad, siège de l’exécutif, on parlait souvent de la pluie et du beau temps, comme sur n’importe quel lieu de travail, et, pour s’informer des prévisions, on consultait Ake Leander. Celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien et, de l’avis général, c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt, il s’était vu octroyer un titre plus ronflant – peut-être agent d’accueil et d’information ou autre chose dans le même esprit. Pour sa part, il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir ni besoin d’une nouvelle étiquette.

    1. Merci Françoise. Vous êtes assez proche de l’original, avec cette première tentative. Le voici : L’histoire débute par un grand accès de rage. Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement, juste avant cet éclat
      – provoqué par un rapport remis la veille au soir et que le Premier ministre lisait à présent dans son bureau. C’était le début du printemps 1983, à Stockholm ; une brume poisseuse plombait la ville et les arbres n’avaient pas encore commencé à bourgeonner. À Rosenbad, siège de l’exécutif, on parlait souvent de la pluie et du beau temps, comme sur n’importe quel lieu de travail, et pour s’informer des prévisions on consultait Ake Leander. Celui-ci officiait dans le saint des saints en qualité de gardien et, de l’avis général, c’était un as de la météo. Quelques années plus tôt, il s’était vu octroyer un titre plus ronflant, peut-être “agent d’accueil et d’information”, ou autre chose dans le même esprit. Pour sa part, il s’intitulait toujours gardien et n’avait ni désir ni besoin d’une nouvelle étiquette.

  6. monagendabienetre dit :

    Merci pour cet article détaillé et qui nous donne un autre regard par rapport à l’écriture. Un vrai ART !

    1. La littérature ? Sans aucun doute.

  7. Très intéressant ce parallèle entre la respiration de l’être, les mouvements du corps et le rythme de l’écriture. Arriver à l’accord parfait relève vraiment d’un art ! On comprend que l’écriture ne soit pas à la portée de tout le monde et que cela demande de la technique. Merci

  8. Merci beaucoup pour cet article ! Je n’étais jamais penché sur une réflexion aussi profonde. J’ai l’impression de pénétrer au plus profond de la psychologie humaine et de l’écriture. C’est un vrai plaisir !

  9. C’est incroyable, je n’imaginais pas une telle influence du rythme. C’est vrai que je me rends compte parfois que j’ai arrêté de respirer en lisant un moment prenant d’un livre.
    C’est super d’avoir décortiqué tout ça aussi clairement !

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