Comment écrire comme Stephen king

Comme moi, vous aimeriez peut-être écrire comme Stephen King ? Comme moi, vous vous êtes peut-être demandé(e) comment garder le lecteur assidu jusqu’à la dernière page, alors que vous écrivez des pavés. Ou plus encore, des sagas en plusieurs tomes (ce qui n’est pas mon cas mais la question est la même si vous écrivez juste un roman).

Comment, dans une histoire complexe, préserver le suspense en développant l’intrigue et faire monter la pression de chapitre en chapitre, pour que, finalement, votre roman puisse se prévaloir du doux anglicisme de page-turner.

De nombreux écrivains américains sont passés maîtres dans cette discipline.

S’il y a un auteur qui connaît la méthode, c’est bien Stephen King.

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Pour écrire comme Stephen King, faisons donc une brève analyse d’un de ces romans : 22/11/63

Aujourd’hui, nous allons tenter d’y voir plus clair dans l’intrigue de 22/11/63 (titre français Smile), un livre fascinant, quoique très long. Plus de neuf cents pages.

Comment écrire un roman de neuf cents pages comme Stephen King ? Certes, il faut travailler, travailler, et travailler encore.

Cependant, l’application de quelques procédés tout simples peut vous aider à vous rapprocher de ce maître du suspense.

Résumé de l’argument de 22/11/63

Voyons d’abord de quoi “ça parle”.

Nous sommes en 2011. Le narrateur, Jake, est professeur d’anglais dans un collège. Ce qui correspond, aux USA, à nos lycées à nous. Les étudiants qui sortent des collèges vont ensuite à l’université.

Jake (diminutif de Jacob, Jacques se dit James en anglais… et Jack est le diminutif de John… Si si ! Smile) corrige ses dernières copies en salle des profs avant de quitter l’établissement. Les vacances sont là !

On apprend que Jake vit seul et qu’il est divorcé d’une femme alcoolique. Il a l’air de s’ennuyer pas mal, toute sa vie tourne autour de ses élèves.

Par une suite de concours de circonstances et de décisions pas vraiment réfléchies, le tout savamment orchestré par King (ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus), il se retrouve d’un coup  “rétrogradé” en 1958.

Un suspense étalé sur 5 ans

Ah bon. Mais le titre, c’est bien 22/11/63 ? Et on débarque en 1958 ?

Oui madame, oui monsieur. Le 22 novembre 1963, c’est le jour de l’assassinat de JFK à Dallas, Texas. C’est cet assassinat que Jake va devoir tenter d’empêcher. Je ne dévoile rien de l’intrigue. Tout ce que je vous dis là est facile à déduire de la couverture.

Ce qui m’intéresse ici et dont nous allons parler, c’est comment fait King pour embarquer le lecteur dans ce long roman.

Entre 58 et 63, si je ne m’abuse, il se déroule… 5 ans ! Emmener le suspense sur une durée de 5 ans ? Wow !

Voyons voir, d’abord, la construction.

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La charpente d’un roman de Stephen King, du grand art doté d’une solidité à toute épreuve

La charpente du roman

Tout bon page-turner procède d’une imputrescible charpente en bois de fer.

22/11/63 est construit sur une structure classique. Bien qu’il soit officiellement divisé en six parties, on pourrait le séparer en trois, correspondant aux différents voyages dans le temps de Jake.

Là où la plupart des romans ont une partie d’exposition, une partie de développement et une partie de résolution, avec le fameux climax, King démontre sa maestria en dotant chacun de ces voyages de cette charpente.

Je m’explique.

Jake voyage dans le temps.

A chaque voyage, son exposition, son développement, sa résolution.

Chaque partie est un mini roman.

Évidemment, chaque voyage est plus long que le précédent.

Pour chacun, la tension monte, monte, monte… éclate un coup de tonnerre qui n’est jamais vraiment celui auquel le lecteur s’attend… puis monte, monte, monte… etc.

Voici l’ambiance aux States en 1958.⬇️

Neuf cents pages et des poussières

Neuf cents pages, c’est vraiment très long. Forcément, il y a quand même quelques moments où il ne se passe pas grand chose, si ce n’est que ce Jake, qui est un mec bien, devient comme notre meilleur pote.

Le lecteur doit pouvoir s’identifier au personnage -c’est un peu plus difficile pour moi qui suis une femme, de m’identifier à un homme, mais si j’en étais un, je serais ce Jake là.

Et puis, il ne se passe rien, c’est vite dit !

Connaissant l’oiseau (pardon, connaissant le King des oiseaux Smile), chaque détail à son importance.

En admettant que cette l’importance ne vous saute pas aux yeux tout de suite, soyez assuré(e)s que ça viendra.

Trois procédés employés par King pour nous emmener là où il veut (par le bout du nezSmile !)

King emploie trois procédés (au moins) qui non seulement permettent au lecteur de tenir le coup durant les neuf cents pages, mais font de son expérience de lecture un puissant générateur d’émotions, d’idées, de supputations

Un vrai bonheur de lecteur !

Et voici l’ambiance aux States en 1963.⬇️

Voyons de plus près ces trois procédés :

Premier procédé : rassurer en inquiétant… ou l’inverse

Ce procédé est fréquemment utilisé par de nombreux auteurs. Pour donner son plein rendement, le livre doit être écrit au passé. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est mieux. Ici l’imparfait, le passé simple… plus rarement le passé composé, feront l’affaire.

C’est, comme souvent chez King, le héros, Jake, qui raconte.

Et c’est là que ça devient intéressant.

A chaque fois que l’action sera ralentie un peu (diable ! cinq ans ! On ne peut pas passer cinq ans sans débander son arc narratif un tout petit peu) Jake dira quelque chose du genre :

Si j’avais su ce qui allait se produire, je n’aurais pas agi comme ça…

ou bien

-Ma vue devait être obscurcie car je n’ai pas compris tout de suite ce que ça impliquait…

Ce sont mes formules, pas celles de King. C’est pour vous faire saisir l’idée.

Vous voyez le principe ?

Le narrateur va décrire (ou vient de décrire, les deux fonctionnent), un événement en apparence anodin… mais il vous dit que non, ce n’est pas anodin.

Mais il n’y a que lui qui sait pourquoi.

A ce moment-là, si vous êtes comme moi, vous échafaudez un tas d’hypothèses

Forcément, vous vous plantez !

Puisque, bien sûr, c’est lui qui sait ! Pas vous !

Comment pourriez-vous ?

A ce moment du récit, qui, je vous le rappelle, se déroule à l’imparfait, le personnage ne sait pas encore, ne peut pas savoir ce qui va se produire, alors que, quelques temps plus tard, devenu narrateur de son aventure, il est parfaitement au courant, a posteriori.

Le plus fort, c’est que vous êtes, par ce procédé, à la fois inquiété, et rassuré !

Oui oui !

Inquiété, car “que va-t-il se passer qui aurait mérité d’être prévu ? Ça doit être grave, en tout cas, c’est important.”

Rassuré, car “pour que Jake puisse dire ça, il faut bien qu’il s’en soit sorti, d’une manière ou d’une autre. Mais laquelle ?”

Avec ça, il vous emmène où il veut, en tout cas quelques pages plus loin.

Ce n’est pas un résultat très difficile à obtenir.

Essayez donc !

Prenez garde cependant de bien doser et de tenir la promesse implicite, rien de pire que de faire monter la pression pour rien. La montagne ne doit, en aucun cas, accoucher d’une souris.

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Même pas peur ! Mais je voudrais bien savoir ce qu’il va se passer…

Deuxième procédé : entretenir le mystère

Pour que le suspense fonctionne, le lecteur doit se poser des questions, croire qu’il connaît la réponse, vouloir vérifier s’il est plus malin que l’auteur, douter… et continuer à lire.

King fait ça à la perfection.

Assez facilement, somme toute.

Si vous avez vous-même une bonne histoire à raconter, je vous encourage à essayer.

Faites donc ceci :

Placez très vite un élément en apparence anodin dans votre récit, sans rapport évident avec ce que vit le héros, que vous ferez évoluer en fonction des besoins de l’intrigue, qui maintiendra l’intérêt du lecteur et qui fournira un élément de résolution semblant tomber du ciel.

Ce qui fera dire à votre lecteur, d’abord : “ah ben merde, j’ai tout imaginé, mais celle-là, je ne l’ai pas vu venir.”

Et puis : “et pourtant, c’était sous mon nez”.

Dans 22/11/63, ça commence par un personnage de clodo répondant au doux sobriquet de “carton jaune” (car il possède un carton jaune !) qui est présent à l’arrivée de Jake en 1958 et qui semble en savoir beaucoup plus que lui.

Lui, Jake, ne sait rien de rien. Un oisillon sorti de l’œuf !

Comme toi, lecteur !

Lors du premier voyage de Jake, qui se termine aux alentours de la page 100… carton jaune est carton jaune.

Lors du deuxième voyage, qui se termine aux alentours de la page 250… carton jaune devient carton orange.

Troisième voyage, enfin, carton orange devient carton noir, et meurt, dès le début.

En faisant ça, King nous dit que la répétition, qui est un bon moyen d’ancrer une idée, s’use si on en abuse.

Il prend soin de faire évoluer son gimmick.

Avant de mourir, carton jaune devenu orange, puis noir, prononce quelques mots obscurs.

L’un de ces mots, incompréhensible pour nous comme pour Jake, va devenir le nouveau gimmick et hanter les situations jusqu’à la fin.

Carton jaune à passé le relais, avec brio.

Pendant toute la première et même la deuxième partie, je me suis demandée à son sujet : “qui c’est celui-là ?”

J’ai échafaudé les hypothèses les plus farfelues.

Après tout, le voyage dans le temps nous a habitué à bien pire en terme d’incohérences.

Suivez mon regard et voyez Marty McFly !

Carton jaune est-il une autre version de Jake lui-même ?

Non, Jake est très grand. Carton Jaune est petit.

Est-ce Harry ?

Mais non, Harry est encore un enfant en 1958.

Est-ce Al ?

Al est mort en 2011.

Tiens d’ailleurs c’est à peu près au même moment que carton jaune meurt…

Comment ça au même moment ? Ah oui, au même moment de lecture, quand Jake passe d’une époque à l’autre…

Impossible de me faire une conviction durable, et pourtant, je sais qu’au bout des neuf cents pages, j’aurai la réponse et qu’à ce moment là, elle me paraîtra évidente !

Comme il m’énerve, ce Stephen King, et comme il m’enchante !

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Le temps s’en va, le temps s’en va, madame. Las ! Le temps, non. Mais nous nous en allons.

Troisième procédé : travailler la vraisemblance

Un autre gimmick intéressant à observer, c’est une petite phrase que nous répète souvent Jake…

Le passé s’harmonise”.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

C’est la façon de résoudre le paradoxe temporel imaginée par Stephen King.

De fait, toutes les aventures vécues par Jake en 1958 sont fondées sur une suite de synchronicités à faire pâlir d’envie un coach en développement personnel.

Dès le début du roman, nous apprenons que le passé résiste. Il ne veut pas changer.

Dès lors, à chaque fois que ce sera possible, il aura à cœur (le passé! Smile !) de se ressembler le plus possible.

De s’harmoniser.

Premier avantage, une force gigantesque qui s’oppose au héros !

Bien pire que tous les méchants. Et il y en a, des vrais méchants, dans ce roman !

Mais le passé !

Comment voulez-vous lutter contre le passé ?

Deuxième avantage, “l’harmonisation” permet à King de truffer son histoire de signes dans tous les sens et de réussir à nous faire trouver ça tout naturel.

Que ce soient les noms de personnages, leurs physiques, les lieux, les situations, qui se ressemblent si fortement d’un passage à l’autre, d’une époque à l’autre… contre toute vraisemblance !

Et bien mais c’est nor-mal !

Puisque le passé s’har-mo-nise…

Et quand tout va mal, ou plutôt, quand tout va se mettre à aller mal très bientôt, le passé “ne veut pas changer”. Pratique, non ?

Ainsi, Jake, prof d’anglais, est assimilé à un héros mythologique qui lutte contre une force primordiale, apprend, échoue, se relève, recommence, s’adapte, persévère… jusqu’au bout.

Enfin, quand je dis, les personnages, les lieux, les situations se ressemblent fortement…

Il s’agit bien d’une ressemblance, pas d’une exacte similitude.

Si vous voulez que ça marche, prenez soin de modifier sensiblement les éléments

La ressemblance saute aux yeux de Jake, c’est un fort sentiment de déjà vu, mais ça s’arrête là.

Jamais deux fois exactement la même chose !

Ainsi, le lecteur suit Jake pas à pas, de péripéties en découvertes, de “bon sang, j’aurais du me méfier” en “pourtant, c’était à prévoir”, et ne lâche pas le roman jusqu’à la toute fin.

Même lors de la très longue partie centrale, où Jake rencontre (bien évidement) l’amour, dans le passé, et où sa vie trépidante semble se calmer un moment, s’équilibrer, les synchronicités continuent de se manifester à chaque carrefour.

La menace est omniprésente et la mission qu’il convient d’accomplir, bien que reléguée dans le futur, jamais vraiment loin.

Ce qui me donne envie d’écrire comme Stephen king

Au moment où j’écris cet article, je n’ai pas terminé de lire 22/11/63 ! Je ne bronche pas et je tourne les pages, je frémis par anticipation, je veux tout savoir sur carton jaune et la suite. Que se passera-t-il à Dallas ? Jake reviendra-t-il en 2011 ? Seul ?

Je suis à la page 750 et il est en bien mauvaise posture ! Je ne m’inquiète pas vraiment pour lui, car je sais qu’il a survécu. Mais je m’inquiète de savoir comment, et s’il a encore une chance de réussir sa mission.

La partie de moi qui est très rationnelle me dit que non, qu’il va échouer, puisque JFK a été assassiné à Dallas Texas le 22 novembre 1963… n’est-ce pas ?

A moins qu’un Jake ou un autre ne soit en ce moment même quelque part dans les arcanes du temps en train d’essayer d’intervenir sur le passé pour le changer…

Qu’est-ce que j’en sais, après tout ?

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Photo Rijan Hamidovic

Trois procédés… et une grosse ânerie ?

Il y a quand même une énorme ânerie… qui me laisse perplexe. Dès la page 23, nous apprenons, autre gimmick, que “la vie fait parfois des virages à 180°”.

Si l’idée est très claire, le calcul, lui, a de quoi étonner. 180°, c’est la moitié d’un cercle, qui comme chacun sait, comporte 360°.

Autrement dit, un virage à 180°, c’est quand vous revenez sur vos pas.

Or, tout le roman est bâti sur l’idée que, malgré les assertions d’Al qui prétend que le compteur se remet à zéro à chaque voyage, il est impossible de se baigner deux fois dans le même fleuve. La vie ne revient jamais en arrière. Jamais. C’est impossible.

C’est un phénomène connu sous le nom de “flèche du temps” et même si de très éminents physiciens tels que Philippe Guillemant nous expliquent ce qu’est “La mémoire du futur” avec la théorie de la double causalité (j’adore mais attention, c’est du lourd Smile !), on n’a encore jamais vu un vieux coq retourner dans l’œuf.

Alors pourquoi ?

Pourquoi Stephen king écrit-il à plusieurs reprises (plus que cinq mais moins que dix, à vue de nez) que la vie fait parfois des virages à 180° ?

Vous n’allez pas me faire croire qu’il ne le fait pas exprès, ce Stephen-là est définitivement passé maître es maîtrise.

Il y aurait donc une raison à ça ?

Est-ce que, par le plus grand des hasard, Jake ne passerait pas sa vie à tenter de revenir sur ses pas, avant même que ne se déclenche son expérience du voyage dans le temps ?

Est-ce pour cela que “c’est tombé sur lui” ?

Allez savoir…

Bon. On récapépète !

Pour écrire un roman comme Stephen King, vous devez :

  • rassurer en inquiétant… ou l’inverse
  • entretenir le suspense et faire que votre lecteur s’interroge, mais sans le lasser
  • rester le plus proche possible de la vraisemblance pour permettre l’identification.

Fastoche, non ?

Allez zou, asseyez-vous.

Écrivez !

C’est parti pour une fiction à la Stephen King !

Ah oui, juste avant,  dites-moi en commentaire si vous avez lu ce livre, 22/11/63, et quel souvenir il vous a laissé.

Ou peut-être avez-vous dans votre manche un souvenir ému d’un autre roman de Stephen King, que vous me conseilleriez chaudement ?

Merci aussi, si cet article vous a intéressé, de le partager dans vos réseaux sociaux. Je vous en serais éternellement reconnaissante.

Je suis loin d’écrire comme Stephen, mais j’y travaille assidûment. Ou plutôt, je travaille à écrire comme James Lee Burke… J’ai du boulot ! Une autre fois nous verrons quelques procédés d’écriture mis en œuvre par James. En attendant, si vous souhaitez lire mon polar, c’est ici que ce ça se passe.

J’écris aussi un conte, dans un tout autre style… L’éclectisme ne me fait pas peur. Pour le lire, c’est ici. Et les nouvelles (temps de lecture moindre pour les lectrices pressées de courir vers leur manuscrit en cours…) sont là.

Encore un mot, 22/11/63 a été adapté en série, que je n’ai pas vue (je ne suis pas très “télé”). Les critiques sont ici.

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2 Replies to “Comment écrire comme Stephen king”

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